la chaussée

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C’est le matin du jour précédent qui précédait le précédent et ainsi de suite
La lumière est belle, le ciel un peu couvert, comme au-dessus d’une mer imaginaire

et le monde était beau, la rue grandiose, tout, exactement tout, semblait s’agencer à la perfection comme si un merveilleux puzzle invisible était enfin résolu.
Elle étais tombée dans un océan de sobriété d’une douceur infinie.
Une vieille femme qui allait traverser, le bras d’un conducteur sur la carrosserie noire d’un véhicule, l’alignement régulier des platanes le long de la chaussée, l’humidité de l’air, un pied qui tenait une porte entrouverte, toute chose l’émouvait au point qu’un grand silence sembla s’élever du trottoir. Ça n’était pas un sentiment, c’était plutôt comme si l’amour avait été l’organe-même qui percevait le monde.

fatum

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À quatre heures du matin, l’été,
Le sommeil d’amour dure encore.
Sous les bosquets l’aube évapore
L’odeur du soir fêté.

J’avais la bouche assechée par tant de joie. J’étais stupéfaite par ce que l’on nomme le fatum, le destin, l’étoile, le hasard ou la nécessité, qui sait? Il y a ce qui a lieu et le nom qu’on lui donne.

Ce qui avait lieu me sidérait mais c’était bien parce que je l’avais désiré que j’étais abasourdie, sinon pourquoi l’aurais-je été?

Commencer une phrase par autre chose que par Je? Pourquoi faire?

matière noire

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Rien n’est moins certain que l’improbable, moins évident que l’inespéré, parfois tout est aride, on marche dans les rues, sur les trottoirs, on conçoit les murs, les panneaux, les feux, les magasins, les banques, les taxis, les parapluies, les roues, les agendas, les sacs, les laisses, les verres, on ne conçoit rien d’autre au-delà de cet horizon solide et factuel, tout est là, dans le monde commun – fini, défini, déterminé, inéluctable. Mort, presque.

On reste matérialiste mais pour prendre un peu de hauteur, on se souvient quand même qu’on se trouve sur une planète, dans une galaxie, qu’il y a cent milliards de planètes dans notre seule galaxie, qu’il y en a peut-être deux mille milliards de galaxies dans l’univers, des lunes et des étoiles à gogo… rien n’y fait. On reste aussi bête qu’un marteau sans clou ou qu’un puits sans fond (on ne sait pas pourquoi puits est au pluriel même au singulier par contre).

à petit feu

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Il était une fois une énigme. Elle la contemplait sous toutes les coutures et ne parvenait en rien à la cerner, à en délimiter les contours qui se modifiaient sans cesse, ni à y comprendre quoi que ce fût au bout du compte.

C’était peut-être tout simplement le concept-même d’énigme qui générait l’énigme ou le mot, énigme, qui devait être supprimé du vocabulaire.

Elle aurait alors enfin pu manger cette merveille toute crue sans devoir la réduire à feu doux.

matière à réflexion

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Elle passait en revue ses propres défauts. Certes, elle en avait mais pourquoi donc étaient-ils les siens au fond? Y tenait-elle tant? Il était quand même plutôt étonnant de réitérer des aspects qui, il est notoire, ne mènent à rien de bon!

C’était pourtant dans ses qualité qu’elle découvrait incrédule d’insoupçonnables limites. Par exemple, le monde devait être sauvé? Et de quoi? D’une necessité présumée de l’être – mais de quoi? – et d’une incapacité présumée à se sauver tout seul? De fait, le monde ne la remerciait  pas de ses efforts à elle pour régler ses problèmes à lui, il n’y avait là rien de paradoxal, il ne lui avait rien demandé.

Un potentiel de joie inexploré semblait pointer le bout du nez qu’elle avait bien au milieu de la figure.

un présent plus-que-parfait

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Affairé, sur le pas de la porte, il aurait aussi bien pu penser au portefeuille qu’il avait en poche ou à la chemise qu’il avait choisi de porter ce matin-là ou encore aux clés de la maison, aux freins de la voiture, au prochain voyage, au premier voyage sur la lune, au suivant sur Mars mais non, ce fût elle qui lui vînt à l’esprit.

Une image comme une autre qui existait comme les autres dans sa tête à lui. Rien de plus, rien de moins. Une illusion, autant dire.

Cette sécheresse lui dévorait les mains tandis qu’il faisait tourner la clé dans la serrure. Son coeur qui ne lui avait heureusement rien demandé continuait de battre dans sa cage thoracique.

 

oser la faille

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La plus surpenante des existences, la forme adorable de ce vide délicieux… je marchais vers l’angle droit d’une rue ouverte sur un ciel immense comme dans les chansons et je le vis. Il ressemblait à lui-même comme dans les rêves.

– Où vas-tu, d’où viens-tu?

– Je te cherchais mais je ne le savais pas.

Vie étrange qui rend accessible l’impensable, grande imaginatrice, superbe actrice, amie irremplaçable!

Accueille ce qui t’excède! Élargis l’arc de tes bras ouverts, mets ta tête dans ta poche, ouvre grand la subtile béance sur le monde intact, inconnu, nouveau, palpitant, vivant, fait pour toi seul, à ta démesurée mesure, unique étalon valable, unique équilibre sensé.