il était une foire

Il était une foire la place du village tout le monde dansait à l’ombre des marronniers
C’était un bal masqué
Le boucher s’était déguisé en pâtissier qui s’était déguisé en plombier qui s’était déguisé en fleuriste qui s’était déguisé en charcutier qui s’était déguisé en assureur qui s’était déguisé en banquier qui s’était déguisé en occuliste qui s’était déguisé en médecin généraliste qui s’était déguisé en châtelain qui s’était déguisé en notaire qui s’était déguisé en croque-mort qui s’était déguisé en épicier qui s’était déguisé en professeur qui s’était déguisé en instituteur qui s’était déguisé en boulanger qui s’était déguisé en boucher qui s’était déguisé en pâtissier on l’a déjà dit

 

deux yeux

Dans l’air frais par la fenêtre ouverte, un songe
c’est le soir et le printemps nous ennivre
on marche en silence dans l’allée d’un parc sur un tapis de fleurs
au-dessus de soi les branches s’inclinent sous leur charge
on écoute on s’arrête
quelque chose voyage
quelque chose revient
une vague légère dans l’air du soir
la douceur violente du souvenir, d’un mot
d’une main abandonnée sur le cuir d’une banquette
d’une tête oubliée contre un mur
de deux yeux

l’ascension

Reculer pour mieux sauter… imaginez le précipice qui s’ouvre derrière l’innocent qui recule, recule, recule pour mieux sauter et chute, chute, chute dans le puits sans fond de son ignorance. À partir de là tout se complique. Depuis ce gouffre, le saut est décidément compromis. Chaque tentative voit le pauvre bougre cogner son front tremblant contre ce qui le limite et son acharnement l’épuise. Il lui faudrait sortir de ce trou mais il n’a pas d’échelle, il faut s’élever, pour mieux sauter.

ce que l’éclair est à la lumière

Encore un peu de ce jour éclatant plaqué contre mon attente comme une pièce formidable dont on aurait vu tous les actes et où l’on chercherait une porte, une toute petite porte derrière laquelle tout à coup ne plus rien savoir – derrière laquelle plus rien ne serait comme avant – la grandeur du monde se cacherait derrière? Y en a-t-il beaucoup qui ne tournent pas rond à force de tourner en rond sur la grande scène? Et qui ne sont pas malheureux mais assoiffés? Et de quoi? Non pas d’éternité! Mais d’une fulgurante correspondance entre leur attente et leur présence par exemple et qui mènent leur propre guerre contre la fatalité contre soi-même envers et contre tout tout contre tout et qui cherchent une porte une porte une porte à ouvrir derrière laquelle tout commence, recommence et continue et dure depuis toujours