la bonne mère

Je ne rêvais plus. J’étais confuse. J’avais de nouveau erré dans des rues inconnues et fréquenté des lieux obscurs. La mer était agitée et les eaux troubles. J’avais tout mon temps et il me filait entre les doigts, comme le sable l’été, chaud au creux de la paume. La douceur de la vie butait contre l’esprit, occupé à maintenir un cap dont je n’avais plus souvenir. Au dehors, rien n’avait changé, tout était identique et de fait, incompréhensible. Les arbres contre le ciel racontaient leur sempiternel mystère. La lumière du soleil jouait avec les architectures têtues. Les fourmis faisaient leurs provisions et les cigales s’étaient tues. C’était l’automne, avant l’hiver qui précédait le printemps.

au fur et à mesure

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À chaque fois qu’il tentait de saisir un bout de l’histoire, elle se dérobait comme une anguille. Les avant-bras immergés, il ne récoltait guère que quelques cailloux du fond de l’eau et si ceux-ci encore trempés brillaient de tous leurs feux au soleil de son regard, une fois secs ils perdaient tout intérêt. Il les rejetait alors à l’eau et le plof qu’ils faisaient en crevant la surface lisse dépendait de leur taille et de leur forme. Cette observation toutefois ne l’avançait guère et de son histoire rien ne revenait des profondeurs.
En attendant, sur la surface froissée, des cercles concentriques finissaient par toucher les rives.

 

 

leurres assassins

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Lendemains d’euphorie, toujours intacts. On regarde le monde autour de soi, toujours intact. Il ne s’agissait que d’un saut sémantique, tout au plus. Radicalement, on a promis mais la promesse est un mirage qui disparaît dès qu’on l’approche. La vision est toujours inouïe, improbable à l’horizon. Comparée au monde, toujours intact, elle fait l’effet d’un décor urbain. Vaine, elle annonce Noël en octobre et rappelle que le Père Noël n’existe pas. On n’oublie pas mais notre mémoire flanche au dessus des trottoirs.

 

un transport commun

 

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C’est un train à vapeur qui court dans sa cage thoracique. Il n’en a jamais vu strier l’horizon mais il entend distinctement le long sifflement de la machine dans le silence relatif de sa boîte crânienne. Tout passe dans l’espace de ce temps complexe et pourtant le transitoire subsiste et s’éternise. C’est un train à vapeur qui court dans sa cage thoracique et trace de long en large de subtiles blessures inexistantes. Rien ne dure dans l’espace de ce temps complexe et pourtant ce passage mécanique perdure. C’est un train à vapeur qui court dans sa cage thoracique et creuse ses sillons dans l’espace de ce temps complexe, sillons où il bute, sillons où il s’échoue.

malgré tout l’intérêt

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L’aspiration initiale s’envola par la fenêtre ouverte. Libre comme l’air et croisant les hirondelles, elle changea de direction à plusieurs reprises, évoluant par à-coups perpendiculaires à la trajectoire précédente. Ces mouvements improbables évoquaient ceux des ovnis dont on sait – bien que l’on ne sache pas s’ils existent – qu’ils en exécutent de tels.
Personne n’observait l’étrange phénomène qui se déployait donc inutilement dans le ciel. Un groupe d’amateurs d’art assistait à une performance en hochant la tête («secouer la tête de droite à gauche ou de haut en bas pour exprimer des sentiments divers, voire opposés, et interprétés d’après la mimique qui accompagne ce mouvement»).