les pieds sur terre

Nat Geo Found J. BAYLOR ROBERTS Traffic-lights-are-made-in-Shreveport-Louisiana-and-sent-around-the-U.S.-and-abroad-December-1947.

Il marchait en regardant ses pieds, on ne sait jamais, ils auraient pu tout à coup choisir une direction différente de celle que la tête avait à cœur ou que le cœur avait en tête voire, les pieds, la tête et le cœur auraient pu de but en blanc et sans raison apparente choisir de parcourir trois directions distinctes avec des conséquences sans doute catastrophiques bien qu’intangibles. Il constatait qu’il avait les pieds sur terre et c’était déjà une certitude, il était raisonnablement difficile de marcher et de les avoir dans les nuages, comme la tête, tandis qu’il fallait admettre que le coeur avait ses raisons, en effet, que ni la tête ni les pieds ne connaissaient.

des espoirs en fumée

Je me trouvais par un curieux hasard sur Terre. Il s’agissait d’une planète parmi tant d’autres, c’est vrai, mais toutefois de la seule dont je foulais le sol. Je sirotais un verre de vin pour réconforter mon âme quand je décidai de sortir acheter des cigarettes. Dans ces cas-là, il arrive qu’on ne revienne pas. On s’en va lâchement, en abandonnant le navire, le dîner du soir, le toit et les murs et les affections indéfectibles. Comme j’étais seule, je revins, c’est-à-dire que je rentrai à la maison et me servis un autre verre de vin.

La Terre est vaste et nos limites inconcevables, non moins parfois que celles de l’univers, n’ayons pas peur des mots.

le cri de l’hirondelle

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L’observateur est témoin. Ce qui a lieu le regarde. Sa vision est son domaine et il l’influence autant qu’elle le concerne. Rien de ce qui a lieu ne lui échappe ni ne lui est étranger. Il se demande quels sont les contours de son être, où seraient les frontières de sa personne et si celle-ci n’est qu’illusion et qu’il demeure en toute chose se découvrant à ses yeux plutôt qu’en un seul corps.
Les protagonistes se sont éclipsés, il ne reste que l’histoire qui se raconte en leur absence et qui ne les regarde plus, ce vide d’événements, cette plénitude du rien, de la chose ultime, la dernière tasse de thé avant le départ, le bruit des murs, l’inutilité des portes, le cri de l’hirondelle un soir de printemps.

 

 

à l’impossible

lune.jpgEn général, quand on veut la lune, on l’obtient. Le tout est de bien formuler sa demande et à cet effet, nous voudrions vous fournir quelques conseils. Pour commencer, êtes-vous sûrs de vouloir la lune? Il y a d’autres astres disponibles dans le système solaire qu’il ne faudrait pas sous-évaluer. Il y a aussi d’autres systèmes, d’autres galaxies et donc l’offre est vraiment très élevée. Une fois ce doute levé, formulez votre requête le plus simplement possible, dites par exemple « je veux la lune ». Ensuite, n’y pensez plus car si vous ne savez pas comment la lune vous arrivera, sachez qu’elle arrivera bel et bien. Le tout sera alors d’en avoir encore envie et d’avoir de la place chez vous.

à la folie pas du tout

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On parle souvent de vérité mais en général, on ne la dit pas. Imaginez-vous la scène?
– Comment vas-tu?
– Bien, ma vie n’a aucun sens et je ne vais pas dans la bonne direction.

Avec un peu plus d’à propos :
– Bien, 15 364 scientifiques de 184 pays ont publié un manifeste pour rappeler à l’ordre les humains (car sont exemptés de la lecture, les mouches, les tigres, les éléphants, les girafes, les poules, les abeilles etc je pense qu’on aura compris, d’ailleurs ni les animaux ni les insectes ne savent lire, ils ne savent que disparaître ou se multiplier et nous créer des problèmes alarmants).

On peut lire dans leur rapport (le rapport des scientifiques) « En ne limitant pas adéquatement la croissance démographique, en ne remettant pas en cause une économie reposant uniquement sur la croissance, en ne réduisant pas les gaz à effet de serre, en n’encourageant pas les énergies renouvelables, en ne protégeant pas les habitats, en ne restaurant pas les écosystèmes, en ne freinant pas la pollution, ne ne régulant pas les espèces invasives, l’humanité ne fait pas les efforts urgents et nécessaires pour préserver notre biosphère ».

Le problème – c’est embêtant – c’est qu’on a des priorités qui consistent justement à se ficher de la croissance démographique, à ne pas remettre en cause une économie reposant uniquement sur la croissance, à ne pas réduire les gaz à effet de serre, en n’encourageant pas les énergies renouvelables, à ne pas protéger les habitats, à ne pas restaurer les écosystèmes, à ne pas freiner la pollution, à ne pas réguler les espèces invasives (lire, l’espèce humaine), à ne pas faire les efforts urgents et nécessaires en bref, pour préserver notre biosphère.

On aurait bien aimé contenter les 15 364 scientifiques de 184 pays mais ça tombe vraiment mal.

la folie des grandeurs

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La réalité est un peu encombrante, il faut le reconnaître. Pour le monde virtuel, la réalité devient un empêchement de tourner en rond, virtuellement.

D’ailleurs, c’est à se demander pourquoi on vivrait de plein gré sur une planète  polluée, aux terres empoisonnées, aux espèces animales décimées et aux populations qui sont la dernière roue d’un chariot qui n’existe cependant que parce qu’elles existent… ce serait absurde, il faut le reconnaître.

On n’est pas fou quand même.

la trajectoire

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J’avançais tranquillement comme si je n’avais rien fait d’autre au fond, depuis des siècles, que marcher, marcher et marcher encore dans l’espace apparent.

Qui marchait et vers quoi? Un consensus largement diffusé dès l’enfance nommait chaque chose, un monde solide et objectif semblait apparaître tandis que le corps, c’était sensiblement indéniable, fendait l’air.

Prisonnière d’une boîte crânienne, une instance mystérieuse évaluait toute chose. Reconnaître, c’était connaître déjà et pourtant ce qu’elle pressentait dominait sa nuit et ne se voyait pas.