fiasco

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C’était long. Il n’en finissait pas de sentir mourir ses espérances, voire même plus prosaïquement, ses espoirs. Ce qui était tout naturel, ceux-ci étant voués à l’attente, à la confiance certes mais toujours différée. À quoi cela tenait-il? À rien, justement. La distance de l’illusion à la projection dans laquelle il vivait avait été comblée par des visions qui ne se réalisaient guère que par à-coups. Comme les sursauts d’un moribond. Si le monde était méchant, c’était banal de le constater et cela reflétait sa méchanceté à lui, d’autre part, quand il était de bonne humeur, le monde était merveilleux et cela ne changeait rien car tout semblait toujours suivre son cours sans que sa présence ne lui apparût ni dans un cas ni dans l’autre véritablement indispensable, sinon pour contempler le spectacle ou y participer. La vraie vie est ailleurs avait-on dit plutôt loyalement mais où si tout était là? Cet ailleurs creusé dans son torse et dans sa tête qu’il faillissait à partager.

le cri de l’hirondelle

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L’observateur est témoin. Ce qui a lieu le regarde. Sa vision est son domaine et il l’influence autant qu’elle le concerne. Rien de ce qui a lieu ne lui échappe ni ne lui est étranger. Il se demande quels sont les contours de son être, où seraient les frontières de sa personne et si celle-ci n’est qu’illusion et qu’il demeure en toute chose se découvrant à ses yeux plutôt qu’en un seul corps.
Les protagonistes se sont éclipsés, il ne reste que l’histoire qui se raconte en leur absence et qui ne les regarde plus, ce vide d’événements, cette plénitude du rien, de la chose ultime, la dernière tasse de thé avant le départ, le bruit des murs, l’inutilité des portes, le cri de l’hirondelle un soir de printemps.