fiasco

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C’était long. Il n’en finissait pas de sentir mourir ses espérances, voire même plus prosaïquement, ses espoirs. Ce qui était tout naturel, ceux-ci étant voués à l’attente, à la confiance certes mais toujours différée. À quoi cela tenait-il? À rien, justement. La distance de l’illusion à la projection dans laquelle il vivait avait été comblée par des visions qui ne se réalisaient guère que par à-coups. Comme les sursauts d’un moribond. Si le monde était méchant, c’était banal de le constater et cela reflétait sa méchanceté à lui, d’autre part, quand il était de bonne humeur, le monde était merveilleux et cela ne changeait rien car tout semblait toujours suivre son cours sans que sa présence à lui ne lui apparût ni dans un cas ni dans l’autre véritablement indispensable, sinon pour contempler le spectacle ou pour y participer. La vraie vie est ailleurs avait-on dit plutôt loyalement mais où si tout était là? Cet ailleurs creusé dans son torse et dans sa tête qu’il faillissait à partager.

l’armistice

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Il s’assit près d’elle.

– Comment vas-tu? lui glissa-t-il à l’oreille.
– Bien, répondit-elle en souriant.

Comment aller mal dans un tel cas? La vie était simple bien que l’on n’y comprît absolument rien. La joie catapultée du ciel faisait briller quelque chose au fond du coeur. Sur un haut plateau, à une autre latitude, un manteau de neige (oui on dit bien un manteau de neige) scintillait au soleil.

à la folie pas du tout

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On parle souvent de vérité mais en général, on ne la dit pas. Imaginez-vous la scène?
– Comment vas-tu?
– Bien, ma vie n’a aucun sens et je ne vais pas dans la bonne direction.

Avec un peu plus d’à propos :
– Bien, 15 364 scientifiques de 184 pays ont publié un manifeste pour rappeler à l’ordre les humains (car sont exemptés de la lecture, les mouches, les tigres, les éléphants, les girafes, les poules, les abeilles etc je pense qu’on aura compris, d’ailleurs ni les animaux ni les insectes ne savent lire, ils ne savent que disparaître ou se multiplier et nous créer des problèmes alarmants).

On peut lire dans leur rapport (le rapport des scientifiques) « En ne limitant pas adéquatement la croissance démographique, en ne remettant pas en cause une économie reposant uniquement sur la croissance, en ne réduisant pas les gaz à effet de serre, en n’encourageant pas les énergies renouvelables, en ne protégeant pas les habitats, en ne restaurant pas les écosystèmes, en ne freinant pas la pollution, ne ne régulant pas les espèces invasives, l’humanité ne fait pas les efforts urgents et nécessaires pour préserver notre biosphère ».

Le problème – c’est embêtant – c’est qu’on a des priorités qui consistent justement à se ficher de la croissance démographique, à ne pas remettre en cause une économie reposant uniquement sur la croissance, à ne pas réduire les gaz à effet de serre, en n’encourageant pas les énergies renouvelables, à ne pas protéger les habitats, à ne pas restaurer les écosystèmes, à ne pas freiner la pollution, à ne pas réguler les espèces invasives (lire, l’espèce humaine), à ne pas faire les efforts urgents et nécessaires en bref, pour préserver notre biosphère.

On aurait bien aimé contenter les 15 364 scientifiques de 184 pays mais ça tombe vraiment mal.