des espoirs en fumée

Je me trouvais par un curieux hasard sur Terre. Il s’agissait d’une planète parmi tant d’autres, c’est vrai, mais toutefois de la seule dont je foulais le sol. Je sirotais un verre de vin pour réconforter mon âme quand je décidai de sortir acheter des cigarettes. Dans ces cas-là, il arrive qu’on ne revienne pas. On s’en va lâchement, en abandonnant le navire, le dîner du soir, le toit et les murs et les affections indéfectibles. Comme j’étais seule, je revins, c’est-à-dire que je rentrai à la maison et me servis un autre verre de vin.

La Terre est vaste et nos limites inconcevables, non moins parfois que celles de l’univers, n’ayons pas peur des mots.

fiasco

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C’était long. Il n’en finissait pas de sentir mourir ses espérances, voire même plus prosaïquement, ses espoirs. Ce qui était tout naturel, ceux-ci étant voués à l’attente, à la confiance certes mais toujours différée. À quoi cela tenait-il? À rien, justement. La distance de l’illusion à la projection dans laquelle il vivait avait été comblée par des visions qui ne se réalisaient guère que par à-coups. Comme les sursauts d’un moribond. Si le monde était méchant, c’était banal de le constater et cela reflétait sa méchanceté à lui, d’autre part, quand il était de bonne humeur, le monde était merveilleux et cela ne changeait rien car tout semblait toujours suivre son cours sans que sa présence à lui ne lui apparût ni dans un cas ni dans l’autre véritablement indispensable, sinon pour contempler le spectacle ou pour y participer. La vraie vie est ailleurs avait-on dit plutôt loyalement mais où si tout était là? Cet ailleurs creusé dans son torse et dans sa tête qu’il faillissait à partager.

la fixité des astres

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Elle retient à elle cette stupeur, ravie par l’inaltérable beauté d’un souvenir. Certes, ce qui a été n’est plus mais cela ne trouble en rien l’évidence subtile de cette force. Qu’est-ce qu’un souvenir? Absolument rien. Rien qui ne soit impalpable, intangibile ou encore invisible et ce rien l’enchante, elle n’ose bouger de crainte qu’il ne se dissipe, emporté par un bruit, une sollicitation inutile; ce rien l’émeut, ce rien la transporte. C’est une disposition inconnue de son être qu’elle rencontre, l’immensité inconcevable de cette éternité.

hors-la-loi

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Il est désespéré par habitude, joyeux de nature, comme cela va de soi. Il est pris dans un sillon qui va son cours et il n’en sort pas.
– C’est amusant, réalise-t-il enfin, au fond, je choisis le désespoir a priori!
Le trottoir humide, la nuit qui tombe du ciel, la fixité des objets, les animaux silencieux que l’on rencontre, les histoires que l’on raconte, celles qu’on a vécu, celle que l’on va vivre, tout cela est une béance inconcevable. On cherche et on trouve, on a des ennuis dont les pigeons n’ont que faire, dont la planète Mars se rirait si elle n’était pas si loin et ils n’ont d’existence que celle qu’on leur donne. Au même moment, l’océan enroule ses eaux et le vent souffle dans les déserts. Tout ce mystère avec sursis a une forme et l’on est capricieux.
Assis sur sa chaise, il considère le vide sidéral sur lequel il se voit reposer, il n’y a plus de sol, plus de planète, il valse dans l’univers sombre et silencieux.

le cri de l’hirondelle

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L’observateur est témoin. Ce qui a lieu le regarde. Sa vision est son domaine et il l’influence autant qu’elle le concerne. Rien de ce qui a lieu ne lui échappe ni ne lui est étranger. Il se demande quels sont les contours de son être, où seraient les frontières de sa personne et si celle-ci n’est qu’illusion et qu’il demeure en toute chose se découvrant à ses yeux plutôt qu’en un seul corps.
Les protagonistes se sont éclipsés, il ne reste que l’histoire qui se raconte en leur absence et qui ne les regarde plus, ce vide d’événements, cette plénitude du rien, de la chose ultime, la dernière tasse de thé avant le départ, le bruit des murs, l’inutilité des portes, le cri de l’hirondelle un soir de printemps.