ce n’est pas parce que l’été va arriver que l’hiver n’est pas froid

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Il était une fois un extraterrestre. Les extraterrestres ne sont pas terrestres, ce qui joue souvent en leur faveur dans l’univers. Donc, il était une fois un extraterrestre qui décida, on ne sait pas pourquoi, de venir sur Terre. Ce ne fut pas la meilleure idée qu’il eût au cours de sa déjà longue vie –  il avait 72 432 ans au moment où il prit cette curieuse décision – mais enfin, ce ne fut pas non plus la pire. Quelle idée eut-il qui fût pire que celle-ci, on ne le saura pas et comme souvent, on n’aura d’autre choix que de croire sur parole – ou pas – le narrateur. Mais revenons à nos moutons, qui sont nombreux. En vérité, il ne vint pas sur Terre mais resta en suspens au dessus de quelques villes du globe, sans faire de bruit. Il mettait 40 secondes pour aller de Palm Beach à New Delhi, ce qui donne une idée de la rapidité avec laquelle il fit le tour du monde. Il repartit comme il était venu et quelques années plus tard, il était chez lui. Au cours de son voyage de retour, il eut le temps de se demander pourquoi les terriens faisaient si grand cas de leur planète alors qu’ils en faisaient si peu cas.

les adultes ne croient pas au père noël, ils votent

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Le soleil pointait le bout de son nez à l’horizon. Le soleil n’a pas de nez, pourriez-vous objecter, encore moins de bout de nez et vous en auriez bien le droit. Il se levait donc, mais objecterez-vous encore, le soleil ne se lève pas, c’est la terre qui tourne sur elle-même. Très bien, le soleil était décidément en train de pointer à l’horizon et vue la lenteur de nos prémisses, il était déjà pratiquement au zénith.

– Encore une histoire abracadabrante!

– Pinocchio, je ne t’ai pas sonné!

Où en étais-je…

– … pratiquement au zénith.

Donc le soleil était pratiquement au zénith, ce qui ne rapprochait pas l’horizon.

– Je ne vois pas de soleil!

Ce pantin a l’art de m’interrompre. Il ne voit pas de soleil mais le soleil en est-il moins au zénith de notre histoire? Non.

qui a soif rêve qu’il boit (proverbe chinois)

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Il pleuvait des cordes et les passants amusés les saisissaient pour se balancer. Comme la nuit était tombée et qu’elle respirait doucement dans le caniveau, les lampadaires s’étaient allumés en coeur dans l’air mouillé comme des étoiles lointaines contemplées par un homme myope.

– Où ai-je donc mis mes lunettes? s’interrogerait-il en balayant du regard son atelier sur lequel un dieu négligent semblait avoir passé la main avant qu’il ne fût sec.

Le dieu négligent de son côté baillait aux corneilles. Il lui venait toujours une bonne idée dans ces moments-là mais cette fois-ci, non. Il était à sec, complètement à court d’idées et retournait ses poches en vain, elles étaient vides.

Les passants de leur côté, continuaient à se balancer aux cordes qui tombaient du ciel, on avait rarement vu spectacle aussi charmant. La nuit humide était délicieuse sur les visages ravis et trempés de bonheur.

Le dieu négligent jugea sans doute qu’à défaut d’autre chose on attendait de lui un geste, un seul, quel qu’il fût. Il saisit une paire de ciseaux et coupa net les cordes.

Les passants se retrouvèrent sans transition les fesses à terre et purent constater personnellement qu’elle est dure.

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microcosmos

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Si on enlève le rire sur cette planète, il ne reste pas grand chose. À part la guerre je veux dire. Il arrive de ne plus avoir envie de rire, ce qui est d’une part très triste mais encore, dommage, comme on l’a vu pour la raison sus-évoquée, soit, que l’alternative est la guerre, ce qui n’est pas particulièrement réjouissant – vous en conviendrez même si vous n’en avez vécue aucune, c’est une des rares choses que l’on croit volontiers par ouïe dire.

On survit alors à soi-même sur une planète sphérique qui tourne autour du soleil. On reste parfois immobile aussi, la terre se passe très bien de nos déambulations pour tourner sur elle-même, ce qui, il faut l’avouer, présente un avantage non négligeable pour l’Univers qui ne peut attendre que l’on y soit pour savourer son expansion.

Toutefois, bien des guerres sont invisibles et tout intérieures qui deviennent visibles par un curieux système d’équivalence entre le micro et le macrocosmos que l’Univers aurait tout aussi bien pu s’épargner mais que, dans sa prodigieuse générosité, il n’a pas résisté à laisser s’exprimer.

Tout cela pour en revenir à nos moutons qui sont nombreux, vous le savez. En ce qui concerne celui-ci, un homme avisé qui en vaut deux a dit :

– Laissez-vous surprendre, par vous-même aussi bien, cessez de vous comporter en terrain conquis tandis que vous ne savez rien de vous-même, figurez-vous des autres. Cessez cette guerre intérieure que vous justifiez avec force raisonnements qui sont d’autant plus comiques que leur inanité se lit sur vos vies entières.

Sur ce, je vais aller voir dans l’autre pièce s’y j’y suis.

le fond du coeur est plus loin que le bout du monde (proverbe chinois)

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Je voulus toucher de la pointe de l’index, une certitude. Sa forme si parfaite, dansante dans la lumière pâle et limpide de ce matin qui m’enveloppait… pardon, je m’égare. Je disais donc, sa forme si parfaite l’était, c’était incontestable. Et je me pris à vouloir toucher de la pointe de l’index une si parfaite perfection, dissoute dans la lumière du soleil et pourtant visible. Je ne divague pas! Que l’on ne croie pas que je me suis décidément et sans espoir, fourvoyée, ce serait complètement faux. Ce que je relate ici a la réalité fugace d’une pointe au creux d’un coeur qui bat ou d’une tasse de thé fumant sur une table, dans la lumière calme et tranquille d’un après-midi terrestre. Je recommence et en vient au fait, lorsque mon index effleura la certitude, celle-ci s’envola et je restai comme l’idiot de la lune qui au lieu de la regarder quand le sage la lui indique, se retrouve à regarder son doigt. Le doigt du sage bien sûr, pas le sien quand même.

de but en blanc

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Quand on allume la lumière dans une pièce, on ne recense pas l’obscurité pour l’en extraire, petit à petit, patiemment. On n’étudie pas la qualité de l’obscurité ni ses propriétés physiques pour que la lumière puisse prendre sa place. La lumière emplit la pièce, de but en blanc, comme un miracle qui n’en est pas un puisque les miracles sont autre chose que ce que l’on dit, ils ont lieu tous les jours. Ceci bien évidemment pour dire que ce qui est lumineux n’est pas obscur. Il est pourtant des illuminations qui restent muettes. On est alors frappé de stupeur en considérant l’espace sidéral où se meuvent nos désirs qui ressemblent à des étoiles dans un ciel obscur et silencieux comme seul l’univers est silencieux.

l’enfance de l’âme

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Il se tenait près de la fenêtre. Le printemps refluait comme la mer à ses tympans. Il ne se souvenait pas, il n’avait rien oublié – se souvenir lui était devenu inutile. Autant qu’un tiroir où mettre le printemps qui n’y serait jamais entré et qui y était déjà, comme partout autour. Sa main effleura le rebord, une autre la lui prit et il la lui laissa, longtemps, les yeux ouverts sur le même monde et sur la même cour béante sous le ciel. Comprendre, quoi? Qu’est-ce qui avait eu lieu et où? Le temps n’existait pas qui le séparait de cet instant, ni l’espace qu’il ne parcourait pourtant plus. La joie sans but qu’il éprouvait n’admettait pas de fin. Mais s’agissait-il de fin ou plus exactement, de commencement?