l’insoumis

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L’horizon clair était porteur de merveilles. Elles fluctuaient dans l’air limpide et il en saisissait une du bout des doigts. Elle jouait sur sa paume ouverte et le rendait heureux. Le grand désert à ses pieds pliait de son  intense silence les branches brûlantes des essences courageuses. Des plumes au vent… pensait-il serein et son coeur se serrait. Dans une intimité à lui inaccessible avaient lieu des transformations muettes, couvaient des désirs secrets et mûrissaient des épanouissements inconnus encore : l’avenir est rare.

si tu veux être heureux, sois-le (proverbe chinois)

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À ses yeux embués, la difficulté paraissait anormale. Mais y avait-il une norme en termes de difficulté? Sinon toute personnelle et sujette à subjectivité? L’objet de ses objections à ce point crucial du jour avait envahi le volume vide de la pièce qui de ce fait, ne l’était plus, vide. Ce qui était logique somme toute, c’est à dire que ce qui emplit le vide le supprime, mais, fait qu’il est utile de souligner ici : sans nécessairement ajouter de sens,  voire, au contraire. Qu’il n’en pensât encore moins qu’il ne réussissait à concevoir qu’il fût possible d’être né pour se demander pourquoi n’était que la moindre des interrogations qui lui volaient en tête non comme un vol d’hirondelles, mais comme les débris d’un édifices après une explosion au propane.

 

l’apesanteur

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Elle s’appuya au dos de son amie. C’était étrange cette distance, quand dans le monde physique et même, celui du coeur, il était possible de l’annuler. Cette distance tout intérieure était un continent inhabité et surprenant, un nouveau monde dont on pressentait les reliefs que l’on parcourait déjà, à tâtons, ravis par une intuition sublime. Un monde sans projections, intact, indemne. On y respirait l’air qui manquait ici – où l’actualité univoque dévorait l’infini des possibles et des ramifications inconnues – inconnues de soi tout d’abord. La bête n’était jamais rassasiée et demandait de la chair vive et fraîche, elle ne voulait pas de chair morte, vidée de la palpitation mystérieuse dont la bête raffolait.

il était une fois l’âme

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Il s’assit sur le rebord du lit défait. Le monde avait commencé il y avait bien longtemps. Un feu d’artifice à l’horizon sombre du jour lui rappela l’incidence énigmatique du désir sur la réalisation martiale de ses plans. Comme un rayon de soleil crève le rideau de nuages de plomb, un souvenir filtra le voile presque parfait de ses pensées productives, de sa volonté. Saurait-il jamais ce qui avait eu lieu? Quelque chose avait donc eu lieu? Et pourquoi, au fond, si rien n’avait eu lieu, rien n’avait-il eu lieu? Le savait-il seulement, par amour de soi? Il évita l’écueil de l’un de ses monstres intérieurs avec habilité, science et maîtrise. Au dessus de lui planait la conscience muette dont le coeur bat et attend.

l’étreinte

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– Pierre Pierre
– Marie
Les enfants ne parlaient pas d’ici ni de maintenant – ils avaient toujours été pierre et poussière et vent, vie – quelque chose. Dans l’attente insoluble d’une étreinte temporelle, ils répétaient leurs prénoms respectifs happés par une fascination qui ne connaissait pas de fin ni de but ultime : comme l’horizon devant les yeux au delà du mur d’eau d’un océan, le présent s’étendait vers le ciel et embrassait l’espace tout entier.

ne fais jamais rien contre ta conscience même si l’état te le demande

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J’ai mis un petit pain de glace dans une casserole et la casserole sur le feu.
La glace s’est liquéfiée. J’ai décidé de porter l’eau à ébullition et petit à petit elle a commencé à s’évaporer, alors j’ai mis un couvercle sur la casserole.
Quand je l’ai soulevé, il était criblé de goutelettes.
L’une d’entre elles, particulièrement éprouvée, m’a regardé avec de grands yeux liquides et m’a dit:
– Oh la la! Je suis dans tous mes états aujourd’hui!

  Le titre est une citation d’Albert Einstein

la balançoire

Son bon sens l’avait bel et bien quittée. Elle le cherchait dans ses poches mais ne le trouvait pas. Elle regardait perplexe le flux des voitures du périphérique qui filaient à grande allure vers le ciel. L’asphalte humide resplendissait solitaire dans la lumière molle du soir.
– Ça n’a pas de sens! s’exclamait-elle sur le trottoir.
Les passants pressés ne lui donnaient ni tort ni raison, ils passaient. À ce point de l’histoire les meubles flottaient dans l’air serein et tous les immeubles de la ville. Elle saisit au vol une chaise et s’y assit mais ne se trouvant pas à son aise, elle préféra l’abandonner à sa chute solitaire.