la mala noche

Son regard sévère la scruta un instant. Elle sentait se dissoudre en elle toute fierté. Tous les yeux qu’elle était à présent capable d’imaginer se figeaient sur elle avec sarcasme. Elle était démasquée! Pire! Elle n’était plus qu’un masque! Le sentiment qu’elle avait de sa faute était tel qu’elle se serait volontiers accusée de crimes qu’elle n’avait jamais rêvé de commettre pour soulager la désagréable sensation qu’elle avait de n’avoir absolument rien fait qui pût légitimer un tel sentiment de culpabilité.
Que ce dernier lui dévorât ce qui lui restait de tête était le moindre des maux!

prélude

Ses pieds couraient sur le trottoir humide. Parfois ils évitaient nonchalemment une flaque immobile où se miraient les grands arbres du boulevard. Ces platanes majestueux étaient silencieux, comme à l’annonce de quelque mouvement sourd des plaques terrestres. Les oiseaux ordinairement tumultueux à cette heure, se taisaient. Le vent était tombé mais on le cherchait en vain à terre. Ça n’est pas dieu possible! jurait une passante qui disparaissait au coin de la rue. Si, c’était dieu possible. D’ailleurs tout était dieu possible. Il suffisait de le vouloir, ce qui, j’en conviens volontiers et sans me faire prier, n’est pas une mince affaire. Et puis, vouloir quoi?

 

Le petit chaperon vert est distrait

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Il était une fois un petit chaperon vert qui se promenait dans le bois, l’épée de Damoclès au-dessus du crâne.
Quand il rencontra le grand méchant loup, l’épée s’était dangereusement approchée de sa tête.
– Beau chaperon vert, où vas-tu ainsi, si seule, dans le bois? Tu as toute la vie devant toi et moi j’ai si faim…
Le chaperon vert s’appliqua à ne pas faire de mouvement brusque et l’effort qu’il fit pour ne pas être mortellement blessé par l’épée lui donna un air distrait. Il se tourna lentement vers le loup.
– Pour l’instant, je tente juste de ne pas aller sous terre, je vous remercie
– Sous terre! Mais qui y pense? demanda le grand méchant loup en se caressant le ventre.

le petit chaperon vert ne voit rien

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Il était une fois un petit chaperon vert qui allait chez sa grand-mère à travers bois et qui rencontra le grand méchant loup.
– Vous ressemblez à mon grand-père, lui avoua-t- elle ingénument.
– Et vous à votre grand-mère, répondit-il alléché.
– Bien. Il est temps de nous quitter, je vais rendre visite à ma grand-mère qui est malade et je ne voudrais pas la faire attendre, expliqua le petit chaperon vert auquel on n’avait rien demandé.
– Je sais bien que vous allez chez votre grand-mère, j’ai déjà lu une histoire semblable mais je crains que vous n’ayiez des ennuis, insinua le grand méchant loup qui commençait à avoir faim.
– J’avais des ennuis quand je portais mon petit chaperon rouge, monsieur, et je crains, moi, que vous ne vous surestimiez, je connais vos ruses à mémoire et je dois dire que vous ne m’impressionnez plus. À présent, permettez-moi de vous saluer, j’ai changé d’avis et vais rendre visite à Peau d’Âne qui se morfond dans une cabane.
– Je crains que votre amie ne puisse plus vous recevoir, mon petit
– Quoi! Vous ne l’auriez pas…
– … mangée? Allons donc, pour qui me prenez-vous? Je ne réécris pas les contes, moi. Non, non, elle a dû quitter précipitamment le bois, voyez-vous
– Je ne vois rien du tout, lança le petit chaperon vert qui n’aimait ni la familiarité du loup ni ses sous-entendus.

les aventures du petit chaperon vert

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Il était une fois un petit chaperon vert qui ne voulait pas aller chez sa grand-mère.
– Ça n’est pas possible, c’est toujours la même histoire, il faut aller voir sa grand-mère et à travers bois par dessus le marché comme si ça ne suffisait pas et pour au bout du compte manquer, à travers bien des péripéties douteuse de se faire dévorer! Moi, je n’y suis plus et je vais danser, comme tous les jeunes gens de mon âge, ma grand-mère attendra!
Elle s’engagea à travers bois et sous les cimes molles laissa divaguer sa juvénile distraction.
– Ah le sentiment incomparable de la liberté! La joie de parcourir des sentiers inconnus!

Près d’un cèdre sombre, un jeune homme la surprit, de grands yeux noirs et le front pâle, ses lèvres délicieuses s’enquirent :
– Beau chaperon, où allez-vous si seule et par un soir si clair avec ce joli capuchon vert?
– Je vais chez ma grand-mère! lança le petit chaperon vert qui avait tout à coup changé d’avis.