avoir tout vu

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– Ah mais on aura tout vu!
Une femme s’agitait sur le trottoir et serrait son sac à main contre son corps comme si une ombre soudaine lui avait glissé à l’oreille qu’on en avait après lui.
Le vendeur de légumes frais, derrière son étalage parfumé de basilic, de tomates, de poireaux, de haricots, de courgettes et j’en passe parce que ce serait long, la regardait sans comprendre, comme s’il voyait la lune pour la première fois, sur le boulevard, un jour de marché par dessus le marché.
– On aura tout vu! répétait-elle et le vendeur se demandait quoi exactement.
La femme continuait de s’agitait mais la foule miséricordieuse la soustraya – eh bien non justement, on ne peux pas soustraire au passé simple, ça n’existe pas, on peut soustraire aux autres temps, mais pas au passé simple, au subjonctif imparfait non plus mais qui en avait envie d’autre part? – donc la foule miséricordieuse déferlant entre les étalages du marché soustrayait petit à petit la femme au regard du vendeur qui loin d’avoir tout vu lui, souriait un brin de célerie entre les dents.

insolente

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La monotonie du cours d’anatomie des batraciens atteind son comble. Les élèves baillent et rêvent de libérer les grenouilles qui sautillent dans des bocaux qui sentent mauvais.
– Vous vous moquez de moi?
La voix résonne dans la salle de classe humide et froide. Un rire étouffé. Un chiquenaude. Jade sursaute.
– Non pas du tout…
– Et en plus vous répondez!
– Ben non…
– Comment ça vous ne répondez pas? Et ça c’est quoi?
– ?
– Bien sûr vous ne répondez rien!
– Ben si…
– Comment ça si? In… in… insolente!
Il faudra encore beaucoup de patience pour sortir du bocal.

la pierre d’héloïse

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Les champs détrempés jusqu’à l’horizon éteint. Le ciel brumeux leur tombe dessus. Nos pieds dans la boue. L’air vif. Des bottes en caoutchouc. Laissent leurs empreintes de plastique sur le sol meuble. Écrasent l’herbe trempée. Déjà le soleil est un point blanc bas à peine au dessus de nous.
Chercher la lumière. Qui n’y est pas. Marcher tout droit vers l’horizon qui se déplace dans l’air mouillé.
Héloïse a des yeux de biche et de petites cernes comme des arcs au dessous. Sa tête pensive et riante se jette en arrière.
– Je suis triste je suis triste… dit-elle en souriant, je suis triste comme LA pierre!
– Laquelle?! je demande en souriant aussi.
Elle pointe l’index vers un point de l’étendue de terre.
– Celle-là!
La pierre qu’elle a indiquée est ronde et butée, humide et vieille comme le monde. Tout à coup le sentiment curieux qu’il nous faudrait l’aimer. Son immobilité muette.

artifices

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Des feux d’artifices retentissaient dans la nuit noire. En se penchant par la fenêtre on voyait leurs couleurs exubérantes retomber mollement telles d’immenses méduses telles d’immenses méduses multicolores telles d’immenses anémones de mer (cf image ci-dessus).
En se penchant par la fenêtre, l’air frais froid pinçait la peau du visage tendu vers – on ne se penchait pas par la fenêtre parce qu’il fallait immédiatement la refermer. Il s’était mis à neiger (quelques flocons) et la tempête qui se levait dans la rue (parce qu’elle n’affligeait pas le reste de la ville, étant circonscrite à un quartier isolé) obligeait la foule des curieux réunis sur la place pour admirer les feux à courir dans tous les sens pour échapper au déluge de flocons.
Très vite la rue fut couverte d’un manteau blanc (non, un manteau blanc non)
La neige fondit en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. L’artificier regardait pantelant ses feux trempés.
En se penchant par la fenêtre la nuit silencieuse était adorable et les étoiles qui scintillait sur sa voûte, un délice pour les yeux avertis qui préfèrent les astres aux désastres.

le roi se meurt

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L’atmosphère électrique qui régnait dans le palais n’était que l’effet d’une agitation stérile. Le roi déchu regardait ses mains, les paupières lourdes. C’étaient des mains qui avaient participé à beaucoup d’intrigues. Elles se tenaient sagement penaudes au bout de ses bras. Il en arqua un pour voir s’il réagissait. Le bras réagissait. Il arqua le second qui réagit également. Il haussa les épaules qui se haussèrent.
Il leva les yeux qui se levèrent sur la chambre en désordre. La catastrophe gagnait du terrain. Les apparences s’effritaient. Les objets silencieux et immobiles semblaient se jouer de lui et de sa peine qui n’empêchait pas ses mains de se tenir tranquillement au bout de ses bras que rien n’empêchait de s’arquer.
Le roi étouffait. Il se sentait définitivement étranger dans un monde hostile. Si son coeur lui avait demandé son avis pour continuer à battre, il aurait cessé sur l’heure. Mais son coeur continuait de battre et se passait très bien de son accord.
Le roi étouffait. Il chercha du regard exténué ses sujets qui n’y étaient plus dans le désir de lancer un ordre qui le libérât de ce corps arrogant et indépendant mais il n’y avait plus personne.
– J’étouffe! cria-t-il en vain et son cri retentit longtemps dans les couloirs vides.
– Que l’on me donne un cheval… non! Un empire! N’importe quoi mais quelque chose!
Il demandait sans espoir et tentait de se distraire de lui-même en écoutant sa propre voix. Mais tout fut inutile. Il se frappa le corps et éclata en sanglots amers.
Pinocchio entra dans la pièce sur la pointe des pieds. Il s’approcha du roi et lui dit doucement dans le creux de l’oreille qui continuait d’entendre Vous dominiez un empire et vous n’êtes qu’un hôte dans votre propre corps.
Le roi sursauta. Il lui avait semblé entendre quelque chose. Il regarda autour de lui sans comprendre. Dans la pièce vide, le tic tac têtu d’une horloge rebondissait de mur en mur.

délit à l’ombre

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Je m’étais accoudée à la balustrade blanche et je regardais la lumière dessiner des ombres sur les façades. Perspicaces, elles exaltaient la beauté énigmatique des architectures sous le soleil. Tout se taisait. J’écoutais en silence une force muette presser contre mon coeur.
Je ne savais pas quoi en faire et je lui demandai de presser un peu moins, pour pouvoir continuer à respirer calmement.
Mais c’était une force insistante et je portai la main au thorax. Je ne reconnaissais rien. Le paysage s’effritait dans la lumière. Les ombres dans le vent continuaient à danser.

bois communs

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Il était une fois un roi. Il tournait en rond dans son palais et se mirait dans son miroir.
– Miroir, miroir me diras-tu… suis-je le plus beau du royaume?
– Non… il y a Noir Neige dans le bois, qui est tout sale et mille fois plus beau que toi.
– Diantre, dit le roi.
Et de ce pas, c’est à dire du sien, il envoya son petit page, qu’il avait préalablement muni d’une petite ampoule d’un très fameux whisky qui n’en était pas un puisqu’il s’agissait bel et bien d’arsenic, en quête de Noir Neige avec l’ordre de lui proposer habilement de boire le contenu du contenant.
Le petit page trouva bien vite Noir Neige qui rêvassait étendu, un brin de blé entre les dents. Le petit page tendit promptement l’ampoule à Noir Neige qui ne lui avait rien demandé. Noir Neige se leva et sa carrure et sa parure faisaient de lui le maître de ces bois. Le petit page se mit à trembler de tous ses os devant le colosse.
– Monsieur, le roi vous offre cette ampoule… il a entendu dire que le whisky vous plaisait et ainsi… il a pensé… le roi… voilà… cette ampoule…
– Je n’ai pas soif! cria Noir Neige au petit page qui convint que la liberté est égale pour chacun et que nul ne peut imposer quoi que ce soit à quiconque, pas soif pas soif pas soif répétait l’écho qui filait à toute allure vers la vallée.
Le petit page s’enfuit sans demander l’heure qu’il jugeait tardive et courut au palais.
Il tomba sur le roi quand celui-ci entendit son impertinent miroir lui rappeler que Noir Neige etc. nous le savons déjà.
– Eh bien? hurla le roi, tu ne l’as pas trouvé? Il se cache le lâche, le pleutre! II se cache car il n’est pas digne de moi et qu’il a honte! Mais nous le chercherons, nous le chercherons et nous le trouverons, allons petit page, n’est-ce pas?  – et comme le petit page se taisait – Quoi? cria le roi que la curiosité rongeait.
– Il n’a pas soif, répondit le petit page que l’évidence illuminait.