oser la faille

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La plus surpenante des existences, la forme adorable de ce vide délicieux… je marchais vers l’angle droit d’une rue ouverte sur un ciel immense comme dans les chansons et je le vis. Il ressemblait à lui-même comme dans les rêves.

– Où vas-tu, d’où viens-tu?

– Je te cherchais mais je ne le savais pas.

Vie étrange qui rend accessible l’impensable, grande imaginatrice, superbe actrice, amie irremplaçable!

Accueille ce qui t’excède! Élargis l’arc de tes bras ouverts, mets ta tête dans ta poche, ouvre grand la subtile béance sur le monde intact, inconnu, nouveau, palpitant, vivant, fait pour toi seul, à ta démesurée mesure, unique étalon valable, unique équilibre sensé.

la vie est ailleurs mais où?

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L’étroitesse d’esprit reflète sa propre inanité sur le monde. Et de fait, elle marchait en longeant les murs de sa bêtise, croyant fermement à ce qu’elle voyait. La vie épinglée à son tableau, comme un pauvre papillon qui fût un jour vivant, elle répétait ce doux séjour que les pigeons n’ont de colombes qu’en rêves. Le plus clair de leur temps, la satisfaction des miettes consensuelles leur permettaient de se sentir dociles et repus. En compagnie en somme. Certes, ce n’était pas parce qu’ils avaient tous tort qu’ils avaient raison mais en attendant, les multivers se faisaient désirer.

le silence éternel de ces espaces infinis

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Le son est une vibration mécanique qui se propage sous forme d’onde, un peu comme la vague à la surface de l’eau: il a besoin de matière pour évoluer dans le milieu où il est produit, que ce milieu soit liquide, solide ou gazeux. Or, dans l’espace interstellaire, la densité de matière est beaucoup trop faible pour que le son puisse y prendre appui: dans l’univers intersidéral, règne un silence infini.

Quoiqu’il en soit, pour remettre les pieds sur terre, si l’oreille est l’organe qui sert à capturer le son et si dans une forêt lointaine et comme par magie déserte, un arbre s’effondre, l’onde sonore va pouvoir se propager mais s’il n’y a pas d’oreille pour la capter, qu’en est-il du bruit provoqué par sa chute? On peut dire qu’il n’y en a pas, indépendamment de l’observateur, tout se tait.

les vases communicants

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Nous sommes dans l’appartement. C’est dans la maison qu’on est seul écrivait Marguerite Duras, c’est dans ce vaste appartement que l’histoire a lieu. Trois personnages debout dans une pièce, c’est peut-être une cuisine. L’un d’eux à ce moment-là parle et sourit, l’une d’eux, de sa main frôle la sienne et l’espace s’emplit d’une joie à couper au couteau. Tout est proche, tout a lieu, rien ne s’interromp, les fenêtres sont ouvertes.

– J’ai fait comme ceci et comme cela, dit-il, et cela semble beaucoup l’amuser.

Quoiqu’il en soit, tout est parfait, non que ses propos soient insignifiants, au contraire, tout est à l’improviste incompréhensiblement et extraordinairement sensé.

périphérie du soleil

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Il allait de l’avant, toujours, il allait de l’avant. Un peu parce qu’on le lui avait appris, un peu parce que ce mouvement lui était naturel. Quand il eut parcouru émerveillé la circonférence de la planète, il trouva au paysage un petit air de déjà-vu mais il poursuivit. Au troisième tour, le déjà-vu se transforma en ennui, au quatrième en aphasie, au cinquième en désespoir et au sixième il rebroussa chemin, ce qui fut sans aucun effet bien entendu puisqu’il était déjà passé par là mais il continua. Il traversa  le désespoir, l’aphasie, l’ennui, le déjà-vu puis ce fut l’émerveillement!