fais ce qui te plaît

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Il en était souvent ainsi, en parcourant les trottoirs des villes durant ces mois-là, nous jetions des regards incrédules aux contructions étranges qui les longeaient. Nos yeux effilés taillaient des portions entières de toits et les laissaient chuter vers le ciel. D’ailleurs, ils n’épargnaient rien et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, des immeubles entiers avaient disparu derrière les nuages qui se traînaient sans se résoudre à désirer la mer plutôt que la montagne. Et pourtant, nous n’étions pas dupes, la ville intacte flambait sous le soleil de juin et nous étions heureux.

le minotaure

 

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Je m’assis un instant et me levai immédiatement. Je ne me souvenais plus de ce qui précédait, ne savait plus où j’allais. Ce qui était déjà advenu semblait scintiller dans la pièce. Je tentais de souffler sur une flamme mais elle se dérobait constamment, mon attention était si soutenue pourtant que la flamme était droite comme un point sur un i qui met fin à de longues circonvolutions inutiles. J’attendais sans attendre et regardais sans voir – muette, je n’entendais rien. Quand l’étrange bourdonnement prit fin, je fixais dans ses yeux jaunes un animal qui n’était ni un jaguar ni un lynx mais qui silencieusement me faisait rougir. Mes yeux s’accrochaient au passage buté et serpentueux d’une fourmi noire comme ceux de l’affamé au pain : la vie.

le soleil la nuit

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Il ne lui suffisait plus de savoir qu’il avait renoncé. Cela comptait peu. Il espérait que ce renoncement fût la contrepartie inévitable d’un destin qui l’exigeait. Maigre consolation! Piètre espoir qui n’en était pas un d’ailleurs, puiqu’il s’agissait d’une conviction. Et rien de moin sûr pourtant, que le cours d’un destin dont le secret n’est dévoilé – s’il l’est – qu’à la fin ou successivement. À moins que le secret ne réside précisément en cela que ce qui se joue dans un destin le transcende et ainsi, doive tout ou rien aux conditions qui ont vu émerger le génie ou l’existence.

 

l’âne ou la carotte

Il était une fois et c’était une bonne fois, un âne. On le surestimait souvent mais c’était pour l’avoir  sous-estimé longtemps. Quand on lui présentait une carotte, il tournait bêtement la tête (tout naturellement puisque c’était une bête, un animal en somme).
– Tu n’aimes pas les carottes? lui demandait-on comme s’il parlait français.
– Non, répondait-il comme s’il le comprenait.
– Eh bien que voudrais-tu d’autre alors? ajoutait-on comme si l’on s’y était fait immédiatement.
– Du cresson du jardin de Balthazar, disait-il sans hésiter comme si l’on n’avait connu que lui. C’est à dire Balthazar.
– Et qui est Balthazar? continuait-on, tant qu’on y était, de s’enquérir.
Mais à ce point de l’histoire, l’animal ne répondait jamais. Son regard vitreux et mystérieux se posait sur le narrateur et s’en détournait avec la même nonchalence. On se surprenait arrêtant un passant qui n’avait rien demandé pour lui raconter la scène mais invariablement ce dernier s’enfuyait en courant.

aquarium

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Le front en feu, il pensait trop. Il fit un paquet de quelques pensées et se demanda où le déposer. Il le tenait à bout de bras et respirait tant bien que mal tant ce dernier pesait. Il espérait, d’autre part, en confectionner d’autres et que celui-ci ne soit pas le dernier. En attendant, il ne savait qu’en faire. Les passants indifférents le bousculaient et inondaient le trottoirs de leurs voix, de leurs rires et de mots créativement alignés. Il manquait d’espace. Il se mit le dos au mur et regarda incrédule. Ses mains pâles tombaient le long de son corps qu’un étau familier enserrait avec force, celle de l’habitude. Il se sentit poisson et leva les yeux au dessus des têtes humaines, tout en lui se rebllait Trop trop d’air criait-il il y a trop d’air! Et d’un coup de nageoire, il fendit la foule.