l’enfance de l’âme

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Il se tenait près de la fenêtre. Le printemps refluait comme la mer à ses tympans. Il ne se souvenait pas, il n’avait rien oublié – se souvenir lui était devenu inutile. Autant qu’un tiroir où mettre le printemps qui n’y serait jamais entré et qui y était déjà, comme partout autour. Sa main effleura le rebord, une autre la lui prit et il la lui laissa, longtemps, les yeux ouverts sur le même monde et sur la même cour béante sous le ciel. Comprendre, quoi? Qu’est-ce qui avait eu lieu et où? Le temps n’existait pas qui le séparait de cet instant, ni l’espace qu’il ne parcourait pourtant plus. La joie sans but qu’il éprouvait n’admettait pas de fin. Mais s’agissait-il de fin ou plus exactement, de commencement?

l’insoumis

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L’horizon clair était porteur de merveilles. Elles fluctuaient dans l’air limpide et il en saisissait une du bout des doigts. Elle jouait sur sa paume ouverte et le rendait heureux. Le grand désert à ses pieds pliait de son  intense silence les branches brûlantes des essences courageuses. Des plumes au vent… pensait-il serein et son coeur se serrait. Dans une intimité à lui inaccessible avaient lieu des transformations muettes, couvaient des désirs secrets et mûrissaient des épanouissements inconnus encore : l’avenir est rare.

si tu veux être heureux, sois-le (proverbe chinois)

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À ses yeux embués, la difficulté paraissait anormale. Mais y avait-il une norme en termes de difficulté? Sinon toute personnelle et sujette à subjectivité? L’objet de ses objections à ce point crucial du jour avait envahi le volume vide de la pièce qui de ce fait, ne l’était plus, vide. Ce qui était logique somme toute, c’est à dire que ce qui emplit le vide le supprime, mais, fait qu’il est utile de souligner ici : sans nécessairement ajouter de sens,  voire, au contraire. Qu’il n’en pensât encore moins qu’il ne réussissait à concevoir qu’il fût possible d’être né pour se demander pourquoi n’était que la moindre des interrogations qui lui volaient en tête non comme un vol d’hirondelles, mais comme les débris d’un édifices après une explosion au propane.

 

l’apesanteur

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Elle s’appuya au dos de son amie. C’était étrange cette distance, quand dans le monde physique et même, celui du coeur, il était possible de l’annuler. Cette distance tout intérieure était un continent inhabité et surprenant, un nouveau monde dont on pressentait les reliefs que l’on parcourait déjà, à tâtons, ravis par une intuition sublime. Un monde sans projections, intact, indemne. On y respirait l’air qui manquait ici – où l’actualité univoque dévorait l’infini des possibles et des ramifications inconnues – inconnues de soi tout d’abord. La bête n’était jamais rassasiée et demandait de la chair vive et fraîche, elle ne voulait pas de chair morte, vidée de la palpitation mystérieuse dont la bête raffolait.

il était une fois l’âme

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Il s’assit sur le rebord du lit défait. Le monde avait commencé il y avait bien longtemps. Un feu d’artifice à l’horizon sombre du jour lui rappela l’incidence énigmatique du désir sur la réalisation martiale de ses plans. Comme un rayon de soleil crève le rideau de nuages de plomb, un souvenir filtra le voile presque parfait de ses pensées productives, de sa volonté. Saurait-il jamais ce qui avait eu lieu? Quelque chose avait donc eu lieu? Et pourquoi, au fond, si rien n’avait eu lieu, rien n’avait-il eu lieu? Le savait-il seulement, par amour de soi? Il évita l’écueil de l’un de ses monstres intérieurs avec habilité, science et maîtrise. Au dessus de lui planait la conscience muette dont le coeur bat et attend.