la chaussée

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C’est le matin du jour précédent qui précédait le précédent et ainsi de suite
La lumière est belle, le ciel un peu couvert, comme au-dessus d’une mer imaginaire

et le monde était beau, la rue grandiose, tout, exactement tout, semblait s’agencer à la perfection comme si un merveilleux puzzle invisible était enfin résolu.
Elle étais tombée dans un océan de sobriété d’une douceur infinie.
Une vieille femme qui allait traverser, le bras d’un conducteur sur la carrosserie noire d’un véhicule, l’alignement régulier des platanes le long de la chaussée, l’humidité de l’air, un pied qui tenait une porte entrouverte, toute chose l’émouvait au point qu’un grand silence sembla s’élever du trottoir. Ça n’était pas un sentiment, c’était plutôt comme si l’amour avait été l’organe-même qui percevait le monde.

la folie des grandeurs

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La réalité est un peu encombrante, il faut le reconnaître. Pour le monde virtuel, la réalité devient un empêchement de tourner en rond, virtuellement.

D’ailleurs, c’est à se demander pourquoi on vivrait de plein gré sur une planète  polluée, aux terres empoisonnées, aux espèces animales décimées et aux populations qui sont la dernière roue d’un chariot qui n’existe cependant que parce qu’elles existent… ce serait absurde, il faut le reconnaître.

On n’est pas fou quand même.

la trajectoire

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J’avançais tranquillement comme si je n’avais rien fait d’autre au fond, depuis des siècles, que marcher, marcher et marcher encore dans l’espace apparent.

Qui marchait et vers quoi? Un consensus largement diffusé dès l’enfance nommait chaque chose, un monde solide et objectif semblait apparaître tandis que le corps, c’était sensiblement indéniable, fendait l’air.

Prisonnière d’une boîte crânienne, une instance mystérieuse évaluait toute chose. Reconnaître, c’était connaître déjà et pourtant ce qu’elle pressentait dominait sa nuit et ne se voyait pas.

 

fatum

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À quatre heures du matin, l’été,
Le sommeil d’amour dure encore.
Sous les bosquets l’aube évapore
L’odeur du soir fêté.

J’avais la bouche assechée par tant de joie. J’étais stupéfaite par ce que l’on nomme le fatum, le destin, l’étoile, le hasard ou la nécessité, qui sait? Il y a ce qui a lieu et le nom qu’on lui donne.

Ce qui avait lieu me sidérait mais c’était bien parce que je l’avais désiré que j’étais abasourdie, sinon pourquoi l’aurais-je été?

Commencer une phrase par autre chose que par Je? Pourquoi faire?