un si profond sommet

Il se rétractait. Il cherchait sur une carte invisible, épinglée dans son thorax, le souvenir d’un rêve. Tout intérieur. Et dont les limites se perdaient avec celles du ciel quand on fermait les yeux. Respirer. Continuer. Était-ce seulement possible? Comme le monde était possible? Respirer. Continuer. Pour la première fois, cela lui semblait possible, sans qu’il ne sût en rien comment.

le petit chaperon vert le nuit venue

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Il était une fois un petit chaperon vert qui ne voulait pas aller chez sa grand-mère.
– C’est toujours la même histoire! Je vais chez ma grand-mère, je rencontre le grand méchant loup, il me mange. Dieu ce que j’en ai assez! Et c’est peu dire. Non mais vraiment, je me demande comment on peut croire qu’un petit chaperon, tout vert qu’il soit, puisse avoir impunément envie de revivre toujours la même chose.
Sans même avoir réalisé que ses pas l’y portait, le petit chaperon vert se retrouva dans le bois, sur le sentier qu’il connaissait bien.
– Et puis tant pis après tout! Si j’ai envie d’aller me promener, j’y vais, et d’un pas allègre même! Est-on libre si on ne l’est pas?
Sans s’émouvoir de ce paradoxe saugrenu, le petit chaperon vert s’enfonça dans le bois. La lumière baissait doucement et le soir arrivait à grands pas. Lorsque la nuit couvrit complètement le bois, le petit chaperon vert se rendit compte qu’il était perdu.
– Fichtre! Je dois bien avouer que si le grand méchant loup m’avait mangé, je n’en serais pas là! Liberté cruelle!

 

tout est en tout et réciproquement

Il s’arrêta face à la vitre mouillée. Au fond, qu’est-ce qui le séparait d’elle? Il regarda sa main sur le carreau, grande comme un arbre qui se tordait dans le vent. Il enviait l’arbre. Il ne savait pas pourquoi. La pluie aussi, il l’enviait. Et les cailloux. Puis il se mit à sourire. Il n’enviait rien. Il désirait. Il ne désirait rien. Il voulait. Il ne voulait rien. Il souriait encore quand on frappa à sa porte. Décidément, ça n’est pas elle. Ça n’était jamais elle. Et pourquoi? Jamais elle? On frappait encore quand il vit par la fenêtre, défluer les eaux et emporter derrière elles la rue entière.

la reine se meurt

Elle se surprit lisant des mots alignés sur des affiches, d’une station à l’autre, son esprit vaquait. Un mot. Une expression. Une coïncidence. La reine idiote. Elle rêvait. Du bout de son doigt, elle indiquait quelque chose et elle regardait son doigt étonnée, étonnée d’avoir un doigt, une main, un bras, un pied qu’elle faisait danser de droite à gauche et de gauche à droite. Mmm, à ce rythme-ci, son étonnement allait la dévorer toute crue. Elle releva les yeux (des yeux!), décidée à affirmer avec rigueur une pensée à elle-même – cela allait de soi. C’était évident. Fallait-il se poser des questions? À quelles fins? Et c’était déjà une question, au fond, elle n’était qu’une machine à questions et se désintéressait des réponses.

la mer les forêts

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Ils sortaient de l’eau comme s’ils apparaissaient de ce côté du monde. Avant la mer il n’y avait rien. Après la mer, la vie. Je me couchai sur le dos et regardai la courbe molle des nuages – des merveilleux nuages entendais-je en écho, par habitude – et je fermai les yeux. Le souffle de la rive, piètre limite où se meurt une géante me chantait, me sussurait : toi aussi toi aussi. J’écoutais. Le bruit que fait la vie.