les adultes ne croient pas au père noël, ils votent

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Le soleil pointait le bout de son nez à l’horizon. Le soleil n’a pas de nez, pourriez-vous objecter, encore moins de bout de nez et vous en auriez bien le droit. Il se levait donc, mais objecterez-vous encore, le soleil ne se lève pas, c’est la terre qui tourne sur elle-même. Très bien, le soleil était décidément en train de pointer à l’horizon et vue la lenteur de nos prémisses, il était déjà pratiquement au zénith.

– Encore une histoire abracadabrante!

– Pinocchio, je ne t’ai pas sonné!

Où en étais-je…

– … pratiquement au zénith.

Donc le soleil était pratiquement au zénith, ce qui ne rapprochait pas l’horizon.

– Je ne vois pas de soleil!

Ce pantin a l’art de m’interrompre. Il ne voit pas de soleil mais le soleil en est-il moins au zénith de notre histoire? Non.

la mémoire des astres

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De temps à autre, il jetait vers elle un regard inquisiteur, elle feignait de ne pas s’en apercevoir. Ils étaient immobiles, comme si la distance de l’un à l’autre avait été comblée par un coussin d’ouate. Elle s’amusait de son indécision à lui, de son recours au monde pour le sauver d’elle. Mais sauver quoi et surtout, qui? Elle souriait. Il se noyait dans un verre d’eau qu’elle buvait avec délice. L’eau était intelligente, elle avait une mémoire, elle.

– Je veux la lune, dit-elle.

– Je n’ai que Mars sous la main, avoua-t-il.

– Va pour Mars, se réjouit-elle parce que c’était quand même une planète.

Entre eux, le coussin d’ouate acquérait une douceur magnétique au contact de leurs corps terrestres.

qui a soif rêve qu’il boit (proverbe chinois)

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Il pleuvait des cordes et les passants amusés les saisissaient pour se balancer. Comme la nuit était tombée et qu’elle respirait doucement dans le caniveau, les lampadaires s’étaient allumés en coeur dans l’air mouillé comme des étoiles lointaines contemplées par un homme myope.

– Où ai-je donc mis mes lunettes? s’interrogerait-il en balayant du regard son atelier sur lequel un dieu négligent semblait avoir passé la main avant qu’il ne fût sec.

Le dieu négligent de son côté baillait aux corneilles. Il lui venait toujours une bonne idée dans ces moments-là mais cette fois-ci, non. Il était à sec, complètement à court d’idées et retournait ses poches en vain, elles étaient vides.

Les passants de leur côté, continuaient à se balancer aux cordes qui tombaient du ciel, on avait rarement vu spectacle aussi charmant. La nuit humide était délicieuse sur les visages ravis et trempés de bonheur.

Le dieu négligent jugea sans doute qu’à défaut d’autre chose on attendait de lui un geste, un seul, quel qu’il fût. Il saisit une paire de ciseaux et coupa net les cordes.

Les passants se retrouvèrent sans transition les fesses à terre et purent constater personnellement qu’elle est dure.

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microcosmos

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Si on enlève le rire sur cette planète, il ne reste pas grand chose. À part la guerre je veux dire. Il arrive de ne plus avoir envie de rire, ce qui est d’une part très triste mais encore, dommage, comme on l’a vu pour la raison sus-évoquée, soit, que l’alternative est la guerre, ce qui n’est pas particulièrement réjouissant – vous en conviendrez même si vous n’en avez vécue aucune, c’est une des rares choses que l’on croit volontiers par ouïe dire.

On survit alors à soi-même sur une planète sphérique qui tourne autour du soleil. On reste parfois immobile aussi, la terre se passe très bien de nos déambulations pour tourner sur elle-même, ce qui, il faut l’avouer, présente un avantage non négligeable pour l’Univers qui ne peut attendre que l’on y soit pour savourer son expansion.

Toutefois, bien des guerres sont invisibles et tout intérieures qui deviennent visibles par un curieux système d’équivalence entre le micro et le macrocosmos que l’Univers aurait tout aussi bien pu s’épargner mais que, dans sa prodigieuse générosité, il n’a pas résisté à laisser s’exprimer.

Tout cela pour en revenir à nos moutons qui sont nombreux, vous le savez. En ce qui concerne celui-ci, un homme avisé qui en vaut deux a dit :

– Laissez-vous surprendre, par vous-même aussi bien, cessez de vous comporter en terrain conquis tandis que vous ne savez rien de vous-même, figurez-vous des autres. Cessez cette guerre intérieure que vous justifiez avec force raisonnements qui sont d’autant plus comiques que leur inanité se lit sur vos vies entières.

Sur ce, je vais aller voir dans l’autre pièce s’y j’y suis.

la conquête de l’espace

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Il était debout au comptoir, une petite tasse blanche trônant sur sa sous-tasse touchait incidemment  le bout de ses doigts. On dit que la matière n’est pas réelle mais parfois, elle existe si puissamment les amants vont par deux à nos yeux, qu’on serait franchement soulagé de ne pas en avoir, d’yeux. Ou que la matière n’existe vraiment pas, sans tourner autour de la tasse. Je reconnais que cette considération inepte nous éloigne de notre brûlant sujet dont les doigts distraits frôlent incidemment une tasse qui n’existe pas. Nous voilà bien parti pour aborder le détenteur de ces doigts qui ne représentent – il faut le dire et on n’est pas au bout de nos peines – que le bout extrême d’un monde inconnu qui respire debout à un comptoir qui n’existe pas.

– Je suis bien aise que vous n’existiez pas, je n’aurais pas su quoi vous dire

– J’en suis bien aise aussi, je n’aurais pas su quoi vous répondre

Toutefois, il faut admettre que si la physique quantique nous permet d’y voir clair en nous aidant à comprendre ce qui nous excède – non pas ce qui nous énerve, ce qui nous excède – il est probable qu’elle ne nous soit d’aucune utilité dans certains cas, comme dans celui qui nous occupe en cet instant précis et puisque tout a lieu au présent, on peut imaginer une autre entrée en matière:

– Vous avez l’heure?

– Pas le moins du monde, le temps n’existe pas.

Nous voilà bien partis en effet et on ne va pas aller loin. Faisons un pas en arrière, telle une gracile danseuse qui ne se demande pas si elle existe, puisqu’elle danse:

– C’est à vous ces beaux yeux ou on vous les a prêtés pour la journée?

L’aspect incompréhensible du monde sommeille au creux d’une tasse.