la périphérie du centre

VTech Zooz

Il était une fois mais je l’ai déjà dit. C’était donc une autre fois. En tous les cas, c’était une fois où sans aucun doute, quelque chose pouvait advenir. Oh pas grand chose n’allez pas sauter de joie sans raisons objectives car pour les raisons subjectives dans un monde uniforme, vous repasserez, et je pèse mes maux (facile!). Je disais vous repasserez pour les raisons subjectives. Pour l’heure, il vous suffit donc de remplir un formulaire et vous trouverez la solution aux problèmes que vous n’avez pas. C’est à dire qu’en un rien de temps, vous aurez une montagne de problèmes qui n’en sont guerre guère mais de ce fait, vous remplirez un autre formulaire pour qu’on vous dise quoi faire exactement pour continuer à occuper l’espace au mieux de vos capacités amoindries par l’avalanche de problèmes inexistants sus évoqués. Vous n’en sortirez pas. Mais ce sera tout comme. Le formulaire vous dira quoi faire et vous le ferez sans discuter subjectivement.

ne fais jamais rien contre ta conscience même si l’état te le demande

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J’ai mis un petit pain de glace dans une casserole et la casserole sur le feu.
La glace s’est liquéfiée. J’ai décidé de porter l’eau à ébullition et petit à petit elle a commencé à s’évaporer, alors j’ai mis un couvercle sur la casserole.
Quand je l’ai soulevé, il était criblé de goutelettes.
L’une d’entre elles, particulièrement éprouvée, m’a regardé avec de grands yeux liquides et m’a dit:
– Oh la la! Je suis dans tous mes états aujourd’hui!

  Le titre est une citation d’Albert Einstein

l’âne ou la carotte

Il était une fois et c’était une bonne fois, un âne. On le surestimait souvent mais c’était pour l’avoir  sous-estimé longtemps. Quand on lui présentait une carotte, il tournait bêtement la tête (tout naturellement puisque c’était une bête, un animal en somme).
– Tu n’aimes pas les carottes? lui demandait-on comme s’il parlait français.
– Non, répondait-il comme s’il le comprenait.
– Eh bien que voudrais-tu d’autre alors? ajoutait-on comme si l’on s’y était fait immédiatement.
– Du cresson du jardin de Balthazar, disait-il sans hésiter comme si l’on n’avait connu que lui. C’est à dire Balthazar.
– Et qui est Balthazar? continuait-on, tant qu’on y était, de s’enquérir.
Mais à ce point de l’histoire, l’animal ne répondait jamais. Son regard vitreux et mystérieux se posait sur le narrateur et s’en détournait avec la même nonchalence. On se surprenait arrêtant un passant qui n’avait rien demandé pour lui raconter la scène mais invariablement ce dernier s’enfuyait en courant.

aquarium

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Le front en feu, il pensait trop. Il fit un paquet de quelques pensées et se demanda où le déposer. Il le tenait à bout de bras et respirait tant bien que mal tant ce dernier pesait. Il espérait, d’autre part, en confectionner d’autres et que celui-ci ne soit pas le dernier. En attendant, il ne savait qu’en faire. Les passants indifférents le bousculaient et inondaient le trottoirs de leurs voix, de leurs rires et de mots créativement alignés. Il manquait d’espace. Il se mit le dos au mur et regarda incrédule. Ses mains pâles tombaient le long de son corps qu’un étau familier enserrait avec force, celle de l’habitude. Il se sentit poisson et leva les yeux au dessus des têtes humaines, tout en lui se rebllait Trop trop d’air criait-il il y a trop d’air! Et d’un coup de nageoire, il fendit la foule.

espace superflu

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Il n’était sans doute pas trop tard pour ajouter aux précédents ces textes-ci du défunt. Dans la bâtisse abandonnée à elle-même, on s’affairait. On avait retrouvé des cartons contenant les derniers écrits de celui qui n’y était plus. Par les fenêtres ouvertes arrivaient les cris et les rires des enfants qui jouaient dans la cour comme une rumeur continue et aigüe sous les arbres qui se balançaient, calmement plaqués contre bleu du ciel. On allait, on venait, on traversait les couloirs, on entrait dans les pièces. Bientôt on sortit, on ferma la porte à double tour derrière soi. À l’intérieur, plus rien ne bougeait que l’aiguille des secondes de la pendule du salon oubliée là, éminemment inutile.