stranger than paradise

canary island date palm tree isolated on white background

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.

La lune jaune et ronde par-dessus l’horizon de béton accablé par sa journée de ciment sourit aux automobilistes pressés d’arriver – où? On ne sait pas.

Les automobilistes sont des êtres pour le moins curieux, on pourrait croire les avoir rencontrés au comptoir d’un bar à parler de la pluie et du beau temps en tournant la cuillère dans la tasse comme si le sucre était indéfiniment soluble mais ce serait une erreur!

Les automobilistes ne savent pas ce qu’est une cuillère! Ils ne vont pas au bar et se fichent bien mal de la pluie, du beau temps ou de la lune jaune et ronde.

Les automobilistes ont une idée fixe entre toutes : leur destination.

 

 

 

 

matière noire

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Rien n’est moins certain que l’improbable, moins évident que l’inespéré, parfois tout est aride, on marche dans les rues, sur les trottoirs, on conçoit les murs, les panneaux, les feux, les magasins, les banques, les taxis, les parapluies, les roues, les agendas, les sacs, les laisses, les verres, on ne conçoit rien d’autre au-delà de cet horizon solide et factuel, tout est là, dans le monde commun – fini, défini, déterminé, inéluctable. Mort, presque.

On reste matérialiste mais pour prendre un peu de hauteur, on se souvient quand même qu’on se trouve sur une planète, dans une galaxie, qu’il y a cent milliards de planètes dans notre seule galaxie, qu’il y en a peut-être deux mille milliards de galaxies dans l’univers, des lunes et des étoiles à gogo… rien n’y fait. On reste aussi bête qu’un marteau sans clou ou qu’un puits sans fond (on ne sait pas pourquoi puits est au pluriel même au singulier par contre).

à feu doux

Il était une fois une énigme. Elle la contemplait sous toutes les coutures et ne parvenait en rien à la cerner, à en délimiter les contours qui se modifiaient sans cesse, ni à y comprendre quoi que ce fût au bout du compte.

C’était peut-être tout simplement le concept-même d’énigme qui générait l’énigme ou le mot, énigme, qui devait être supprimé du vocabulaire.

Elle aurait alors enfin pu manger cette merveille toute crue sans devoir la réduire à feu doux.

matière à réflexion

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Elle passait en revue ses propres défauts. Certes, elle en avait mais pourquoi donc étaient-ils les siens au fond? Y tenait-elle tant? Il était quand même plutôt étonnant de réitérer des aspects qui, il est notoire, ne mènent à rien de bon!

C’était pourtant dans ses qualité qu’elle découvrait incrédule d’insoupçonnables limites. Par exemple, le monde devait être sauvé? Et de quoi? D’une necessité présumée de l’être – mais de quoi? – et d’une incapacité présumée à se sauver tout seul? De fait, le monde ne la remerciait  pas de ses efforts à elle pour régler ses problèmes à lui, il n’y avait là rien de paradoxal, il ne lui avait rien demandé.

Un potentiel de joie inexploré semblait pointer le bout du nez qu’elle avait bien au milieu de la figure.

un présent plus-que-parfait

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Affairé, sur le pas de la porte, il aurait aussi bien pu penser au portefeuille qu’il avait en poche ou à la chemise qu’il avait choisi de porter ce matin-là ou encore aux clés de la maison, aux freins de la voiture, au prochain voyage, au premier voyage sur la lune, au suivant sur Mars mais non, ce fût elle qui lui vînt à l’esprit.

Une image comme une autre qui existait comme les autres dans sa tête à lui. Rien de plus, rien de moins. Une illusion, autant dire.

Cette sécheresse lui dévorait les mains tandis qu’il faisait tourner la clé dans la serrure. Son coeur qui ne lui avait heureusement rien demandé continuait de battre dans sa cage thoracique.