sensible essor

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La foule amassée dans la cour attendait que la porte s’ouvrit. Un seul signe aurait suffit à soulager son impatience mais nul signe n’interrompait cette attente assommante. L’incertitude dans laquelle chacun était de voir se dénouer cette scène d’une façon ou d’une autre créait une tension qui à cette heure arrivait à son comble sans jamais l’atteindre.
Le moindre changement semblait préférable à l’immobilité. Pourtant, nul ne pouvait jurer que ce changement aurait produit un quelconque progrès.
– Depuis quand êtes-vous là? une voix cherchait une oreille attentive.
– Quelques heures, répondait une autre qui n’avait pas envie de questionner en retour.
– Moi aussi, c’est intenable à la fin, ajoutait la première voix qui s’était passée d’être interrogée pour continuer.
– Vous pourriez vous en aller, suggéra judicieusement la seconde voix.
– Certainement pas! Pour perdre ma place? Je n’ai pas attendu tout ce temps pour rien! Il n’en est pas question! Vous en seriez bien aise, non?
La seconde voix se dispensa de commenter. Le silence couvrit à nouveau la cour. Petit à petit, le froid se fit plus intense.
La porte que chacun fixait d’un regard las était toujours fermée.

midi sur terre

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Quand il surprit le visage de la femme qui l’observait avec une telle franchise qu’il en était resté un instant figé, il détourna les yeux vers un point indistinct à l’horizon.
– Ne revenez pas sur vos pas, continuez par là, il indiquait une ruelle transversale.
La femme arracha son visage au sien et poursuivit son chemin dans la direction qu’il avait pointé du doigt.
Les trottoirs étaient encombrés de passants absorbés par les vitrines et les offres de la saison qui à en croire les pancartes, étaient toujours meilleures.
Quelle abondance, pensa-t-il, et il se mit à sourire à l’indigence de son être. Le soleil au zénith se ployait au dessus de la foule, il était midi sur terre.

7 qui font 100

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Sur le boulevard éclaboussé de lumière, il marchait d’un pas incertain. Du ciel en cataracte, sur le marché encombré chutait la lumière du soleil, emprisonnée ça et là dans des flaques immobiles. Les passants affairés se croisaient en silence, il se surprit à se souvenir de la mer tout à coup et le son assourdissant des vagues submergea son oreille.
Et 2 qui font 3!
Eh bien deux faisaient trois, ce n’était pas pour lui déplaire. Il continua de se frayer un chemin dans la foule.
Et 7 qui font 100!
Sept faisaient cent. De mieux en mieux, pensa-t-il, réconcilié avec le jour.

point de fuite

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Elle lui tourna tout à coup le dos et se mit à marcher calmement. Ils s’étaient déjà salués et il était tout naturel qu’elle s’en alla ainsi, il trouva toutefois ce départ abrupt, il était fasciné par ce dos qui s’éloignait et qui semblait donner la mesure de l’espace.
Je ne me retournerai pas sur elle, se dit-il tandis qu’il avait toujours les yeux rivés sur  la silhouette de la jeune femme et ne parvenait pas à les en détacher.
Soudain dans l’espace, il n’y eut plus qu’une immense et formidable scène qu’elle avait quitté et il croyait voir scintiller dans la lumière qui tombait du ciel sur la chaussée, la qualité de son absence à elle.

dédale

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Il changea improvisément d’idée et bifurqua à l’angle de la rue principale. Un dédale de ruelles se dressa devant lui et l’horizon fut tout à coup couvert de façades. Il releva le col de son manteau de laine et poursuivit sa marche.
Derrière la vitrine opaque d’un troquet, des lumières vulgaires troublaient la pénombre du trottoir humide. Un concert de voix et de verres entrechoqués lui arriva aux oreilles qu’il tenait grandes ouvertes mais il ne détourna pas le regard.
Quelque chose l’attirait. Une fascination inscrite dans son sang liquide. Il passait son chemin et semblait savoir où ses pas le portaient. Sans hésiter il filait dans le dédale de ruelles sombres et son coeur bondissait au souvenir de transhumances jamais vécues.