chemins qui ne mènent nulle part

C’était à peine croyable. C’est à dire que je peinais à le croire, bien que je l’éprouvasse (eh oui, bien que je l’éprouvasse) si intensément, ou mieux : si clairement, malgré que cela me fût tout à fait obscur.

Un secret palpitait là, vivant, aux entrailles fraîches et je ne pouvais manquer de le sentir. À quoi avais-je été préparée? Je l’ignorais. À cela? Je n’en savais rien. Il ne me semblait pas mais j’étais à mon aise. En terrain connu. J’aurais pu être déroutée, je ne l’étais pas, je suivais comme je le pouvais et surtout parce que je le voulais.

Sois spontanée, pensais-je, sois simple, et je tâchais de l’être, pour ne rien compliquer.

 

 

 

agapo

C’était inexplicable. J’avais un seau sur la tête, je ne voyais plus rien. Je tendais les mains vers l’avant et du bout d’un pied puis de l’autre, je tâtais le chemin. Avancer ainsi était un véritable défi, cela n’ayant rien d’aisé. La voisine se mit à crier par dessus le vide qui séparait sa fenêtre de la fenêtre qui lui faisait face. La fenêtre devint océan, tendre et mouvant, déchaîné mais qu’importait? La rue s’emplit immédiatement d’embruns et les visages humides souriaient. Les paupières écloses se couchaient sous la lumière d’un jour blanc, neutre presque à force d’être éteint. Je tombai à terre. Aussitôt des astres se ruèrent à ma suite. Ils me criblaient de signes que je ne comprenais pas. Sur mon ongle, l’un d’eux scintillait, indifférent. Au coin de ma lèvre, un autre creusait l’infini sourd de son extinction. Je n’en finissais pas, muette, de chercher le silence.

empire

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Alors? Comment, combien fiers de vous vous êtes? Heureux, ce soir? Et le jour couché sur votre paupière, contents? Chacun avec ses petites habitudes? Bien à leur place? Si peu près nous sommes à les écarter avec douceur, d’un grand geste du bras droit, loin, loin de nous. Oh non, non, si peu prêts nous sommes, si accrochés à celles-ci qui nous accrochent à l’idée que nous nous sommes fait de notre vie comme à un cadre. Nous avons un empire sur la paume et dans le coeur. Entier, vierge, mieux que ça. Quelle étrange histoire que celle-ci, je vous l’accorde. Un grand éclat de rire balaye ce paragraphe auquel mes yeux s’accrochent si, exactement, s’accrochent. Merveille que cet instant confus, tendu au-dessus de rien. Être en vie. Réussirons-nous à incarner ce que nous sommes?

intempéries

Il se retourna immédiatement et ce qu’il vit le laissa de glace. Un rayon de soleil se frottait à sa surface lisse qui se mit à fondre. Un passant le toucha du bout d’un doigt qu’il porta à sa bouche curieuse. L’homme avait bon goût. Il suffisait d’ailleurs de voir comment il était vêtu, de pied en cap.

Il se liquéfiait à vue d’oeil. Il avait déjà perdu la tête quand une jeune fille le croisa. Elle fit de même, par compassion.

Il se liquéfièrent ensemble très longtemps.

maxima culpa

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Que le plus court chemin de A à B soit la droite et qu’Euclide soit passé à la postérité pour avoir, entre autre, j’en conviens, stipulé qu’une ligne est une longueur sans largeur, n’est plus pour aucun de nous matière à stupeur. D’autre part, j’en conviens encore, et parce que mes lecteurs sont illuminés, plus grand chose n’est à nos yeux embués matière à stupeur. Il suffit de regarder un journal télé pour s’étonner qu’à sa fin, ses spectateurs aient encore leur tête sur leurs épaules (pour peu qu’ils aient une tête et des épaules comme d’ordinaire c’est le cas, mais nous acceptons aussi les exceptions) (parce qu’elles confirment la règle) je disais donc, pour s’étonner que ses spectateurs aient encore leur tête sur leurs épaules et baillent tranquillement aux corneilles en se grattant le cuir chevelu (j’en conviens, lecteur illuminé, ceci évoque plus l’ami dont l’homme descend que l’homme en question – qui peut aussi bien être une femme, mais là, les choses se compliquent toujours d’ordinaire et nous n’entrerons pas dans ces détails, en l’occurence).
Imaginons donc qu’au réveil, vous vous trouviez face à une montagne. Enneigée de surcroît. Pour faciliter la difficulté. Quel sera le plus court chemin pour la dépasser? Je vous laisse réfléchir un instant.
Lecteur illuminé! Mais bien sûr! Le plus court chemin pour la dépasser et se la laisser derrière est bien sûr l’escalade rectiligne, relief permettant, cela va de soi.
Eh bien, vous saurez très vite où je voulais en arriver. Il est inutile de tourner plus longtemps autour du pot.
Comment commencer sa journée à 9 heures (je suis  large, pas comme la droite) quand on a une montagne à escalader au réveil? Je vous pose la question parce qu’à ce jour je n’ai pas trouvé la réponse.
Ce doit être que je ne la cherche pas au bon endroit. Ou que je ne range jamais mes affaires.

Mea culpa,
mea culpa,
mea maxima culpa.