la circonstance

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C’était  encore une autre fois. Elle était assise sur le rebord de la fenêtre. Qu’il y ait des milliards d’êtres mortels sur la planète n’était plus un fait qui la renversait. Ni qu’elle fût née, ni même qu’elle puisse sentir chaque chose pénétrer son espace et parfois même indiciblement, autre chose qui n’y était pas. Elle fermait les yeux. N’était-elle qu’une circonstance de son être? Y en avait-il d’autres? Et où? Quand? Elle continuait de respirer doucement. Quelque chose semblait vouloir la happer sans succès. Vivre était difficile. Et mourir? Et pourquoi ce ton éternellement pathétique aux abords de la considération qui annulait tout autre? Ne plus s’identifier à la circonstance, se jeter dans le vide inconnu de soi?

la périphérie du centre

VTech Zooz

Il était une fois mais je l’ai déjà dit. C’était donc une autre fois. En tous les cas, c’était une fois où sans aucun doute, quelque chose pouvait advenir. Oh pas grand chose n’allez pas sauter de joie sans raisons objectives car pour les raisons subjectives dans un monde uniforme, vous repasserez, et je pèse mes maux (facile!). Je disais vous repasserez pour les raisons subjectives. Pour l’heure, il vous suffit donc de remplir un formulaire et vous trouverez la solution aux problèmes que vous n’avez pas. C’est à dire qu’en un rien de temps, vous aurez une montagne de problèmes qui n’en sont guerre guère mais de ce fait, vous remplirez un autre formulaire pour qu’on vous dise quoi faire exactement pour continuer à occuper l’espace au mieux de vos capacités amoindries par l’avalanche de problèmes inexistants sus évoqués. Vous n’en sortirez pas. Mais ce sera tout comme. Le formulaire vous dira quoi faire et vous le ferez sans discuter subjectivement.

ne fais jamais rien contre ta conscience même si l’état te le demande

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J’ai mis un petit pain de glace dans une casserole et la casserole sur le feu.
La glace s’est liquéfiée. J’ai décidé de porter l’eau à ébullition et petit à petit elle a commencé à s’évaporer, alors j’ai mis un couvercle sur la casserole.
Quand je l’ai soulevé, il était criblé de goutelettes.
L’une d’entre elles, particulièrement éprouvée, m’a regardé avec de grands yeux liquides et m’a dit:
– Oh la la! Je suis dans tous mes états aujourd’hui!

  Le titre est une citation d’Albert Einstein

la mer

Je marchais le long de la côte, je marchais précipitamment les amants vont par deux vers la mer qui m’apparut tout à coup immense glorieuse insensée plus encore que dans mon souvenir. Le monstre nocturne sommeillait et venait lécher les galets gris doucement comme par inadvertance. Un danger à moins que ce ne fut l’envers d’une merveille semblait frôler sa surface lisse. Je m’approchais, étais-je désespérée? Était-ce possible? Était-il concevable d’entrevoir une impasse sans percevoir l’immensité des plans? Était-il possible de manquer à ce point d’imagination? De se suffire en ce manque, de s’y complaire? Non ça n’était pas possible, c’était même impossible. Il y avait une voie lapidaire qui transcendait la suffisance et elle dominait le ciel intérieur comme la lune ronde et blanche la mer sombre.

la chambre

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La fenêtre était fermée. Le jour filtrait au travers des persiennes closes, la chaleur aux aguets maintenue à la frontière d’un monde. Il avait bougé mais à peine. Il se souvenait. Il tentait d’oublier, de se défaire d’un fait, d’un évènement mais il se souvenait. D’une voix contre son tympan. Basse, complice, aimante, elle lui racontait une histoire qu’il aimait infiniment. Il l’écoutait sans la comprendre. Attentif, totalement. Le chat passa contre sa jambe immobile et leva ses yeux jaunes vers lui. La voix interrompit son flux régulier. Dans la chambre tout à coup silencieuse, le temps ressemblait à l’espace.