le temps est un enfant

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Je passais quelques jours sous terre. Sous l’humus dans un bois frais et inquiétant. Un enfant de neuf ans sillonnait seul la forêt. Sa peur grandissait avec le jour et lorsque celui-ci déclinait, elle se figeait en lui comme un monstre de ciment. Alors, il respirait à peine. Il avait faim, il avait froid, il ne savait plus s’il devait pleurer ou passer outre. Depuis mon abris souterrain, je l’observais. Sur ses joues pâles les larmes avaient séché et dessiné des sillons noirs et immobiles qui partaient des yeux et indiquaient les oreilles, alertes. Il marchait, marchait, parfois s’arrêtait, en vain. S’il avait eu un nom, il l’avait oublié, si rien n’avait jamais existé pour lui, désormais il n’y avait plus rien. La terreur tissait autour de lui une toile immonde et il se promettait de l’écraser un jour, distraitement, comme un minuscule insecte. Et s’il n’y parvenait, ses enfants auraient tenté, et les enfants de ses enfants, et les enfants des enfants de ses enfants. Une armée d’enfants se levait et il la voyait venir à lui, fraîche, forte, légère. Je la vis venir aussi, terrée que j’étais et à son passage je ne pus éviter d’être happée par son élan. Je me retrouvai portée par mille petits bras aimants et inaccessibles vers le grand jour qui couvrait le monde.

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