la maladie d’amour

Je ne saisissais pas encore le coeur de la question. Intriguée je regardais la jeune femme se détourner lentement et me présenter son beau profil. Elle contemplait le cours laiteux du fleuve. On eût dit qu’elle désirait s’y dissiper, que de toutes ses forces elle voulait disparaître dans l’eau trouble. J’étais émue et toutefois distante. J’observais un merle sautiller sur le gazon humide. La jeune femme se retourna vers moi, un sourire vague suspendu aux lèvres.
– Vous ne comprenez pas ce qui m’arrive,  n’est-ce pas? me demanda-t-elle comme si elle connaissait déjà la réponse.
– Non, c’est vrai, mentis-je, je ne voulais pas la décevoir.
Mes yeux ne la quittaient plus. Avec douceur, ils s’accrochaient à ses traits éprouvés par l’insomnie. Elle put enfin prononcer dans un souffle ces mots qui semblaient avoir attendu longtemps sur la commissure de ses lèvres, jusqu’à être usés:
– Sans doute, vous n’avez jamais aimé!
Je manquai d’éclater de rire mais curieusement, je ne me laissai pas aller. Je n’osais bouger comme de crainte de rompre un enchantement. Qu’elle pût passer outre, je n’en doutais pas et à cet effet je ne voulais d’aucune façon alimenter ce qui la liait encore à son ancienne vie et qu’un éclat de rire risquait à l’instant de raviver.

 

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