Une voyante apparut dans la cour, c’était la nuit et le feuillage généreux d’une essence méditerranéenne tombait doucement au dessus des têtes, brodant dans l’espace son dessin sombre, familier et accueuillant. La femme saisit une poignée de roses roses et closes et les jeta en l’air au dessus des curieux qui regardèrent la trajectoire des fleurs et s’en saisirent lorsqu’elles retombèrent à leur portée. J’en vis une tomber à terre et observai sa beauté sur le gravier lunaire. La femme me prit à part : « Ah oui, c’est soi-disant lui, mais c’est bien lui, il est séduisant et tu lui plais, oh oui tu lui plais vraiment… mais il ne peut pas l’admettre! ». Les autres se promenaient dans la cour et la nature sombre du jardin était déliceuse, face à nous s’élevait une haute bâtisse blanche. Je lui plaisais vraiment.
Auteur : jamaisvertige
désamour illusoire

Tu inventes. Tu ne sais rien. Tu crois savoir. Tu as toujours raison. Tu veux toujours avoir le dernier mot. Tu ne sais rien. Même en se forçant, ce qui n’est pas, n’est pas. C’est si difficile à entendre? Tu inventes. Ce qui est, tu ne l’acceptes pas. Tu n’acceptes pas ce qui est. Tu ne l’acceptes pas. Tu inventes des histoires. Imagine à quel point elles n’existent pas. Dans ton imagination. Tu sais tout. Tu ne sais rien. Tu inventes. Tu te prends pour un aigle quand tu pointes ton nez hors de terre. Tu peux t’effondrer. Tu seras assis sur ta chaise. La force de gravité maintiendra ton corps en place. Tu te jetteras dans le vide. Au bas du lit. Tes pieds à terre. Ton pied-à-terre. Tu partiras en voyage. Tu ne reviendras pas.
le courage de la goutte d’eau c’est qu’elle ose tomber dans le désert (proverbe chinois)

Elle s’approcha de lui qui se détournait.
– Tu sais, je ne te comprends pas, dit-elle pour dire quelque chose de sensé.
Il la regarda, tout à coup curieusement présent à lui-même.
– Moi non plus, dit-il, soulagé de pouvoir prononcer quelques mots.
– Tu ne me comprends pas ou tu ne te comprends pas?
– Les deux!
Il sourit, il avait trouvé une échappatoire heureuse en ce double sens. Elle pensait tout comprendre au contraire mais elle ne voulait pas se limiter à ses intuitions qui sont, on le sait, parfois plus sensationnelles que réelles. Elle voulait que ce soit lui qui se dévoila, librement. Vous devez entrer par vous même, lui avait-on appris.
les extraordinaires aventures du petit chaperon vert

Il était une fois un petit chaperon vert qui ne voulait pas aller chez sa grand-mère.
– Oh! Ce n’est pas à cause du bois, il n’y en a plus.
Ses yeux parcouraient la perspective butée d’une périphérie qui était au centre de son tourment.
– Certes, il faut dire que les raisons d’un éventuel contentement sont difficiles à trouver, mais en vérité, on ne les cherche plus, on est donc assez peu déçu. Non, ça n’est pas cela… Comment dire?
La brise d’été s’insinua entre les murs gris. Quelques brins d’herbe sale défiaient la dalle de ciment horizontal et rappelaient toutefois qu’on était ici sur terre et qu’il s’agissait d’une planète vivante.
– Bon, si je ne m’abuse, ce que l’herbe peut, Dieu le veut… ou quelque chose comme ça, je ne me souviens plus… Oh tout est si loin que j’ai oublié comment on se rappelle!
Le grand méchant loup traversa l’espace, il sortait du supermarché avec ses courses.
Il ne vit pas le petit chaperon vert qui regardait les brins d’herbe comme l’affamé, le pain.
il faut être bien sage ou bien borné pour ne rien changer à ses pensées (proverbe chinois)

Il était une fois un petit chaperon vert qui ne voulait pas aller chez sa grand-mère.
– Le loup est dans le bois, je voudrais bien voir ça, après des siècles à me faire dévorer, que j’y retourne comme si de rien n’était!
Ainsi, le petit chaperon vert s’assit sous un arbre et se mit en devoir de lire un livre. À la troisième page, il se mit à bailler aux corneilles qui croassaient dans les buissons.
– Eh bien, les corneilles, vous n’avaient rien de mieux à faire que de croasser comme des grenouilles?
– La grenouille coasse cher chaperon…
– Oui enfin, pour un r on ne va pas non plus en faire tout un plat, se justifia le chaperon vert qui n’était pas allé à l’école car il fallait aussi traverser le bois pour aller s’enfermer dans ce lieu sordide et toutefois utile quand on n’a pas d’alternative. Mais là n’était pas notre propos.
Le petit chaperon vert s’était remis à la lecture de son livre qu’il ne savait pas lire pour échapper à la malice des corneilles.
– Dis donc, petit chaperon, tu n’aurais pas peur du loup par hasard?
– Mais certainement pas!
Sur ces entrefaites, le loup arriva. Le petit chaperon vert sursauta et plongea ses deux yeux incrédules dans ceux de l’animal à la grande bouche.
– C’est pour mieux te manger mon enfant.
– Ce bois est une maison de fous!
Et le petit chaperon vert frappa le loup du livre qu’il ne savait pas lire et alla voir ailleurs s’il y était. Le petit chaperon vert, pas le loup.
Les corneilles se mirent à bailler en regardant la cime des arbres qui se balançait sous le ciel limpide.
