le 4

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La jeune femme attendait patiemment que le serveur la vît. Elle promenait ses yeux gris sur la salle comble. Des voix au dessus des assiettes, des couverts, des verres qui s’entrechoquaient créaient un vacarme où l’on s’entendait à peine penser.
– Vous désirez?
Le serveur plus pressé qu’empressé regardait déjà au dessus de la frêle épaule de la jeune femme, vers la cuisine d’où un homme le hélait à grands renforts de gestes cryptiques.
– Un vin chaud s’il vous plaît
– Et un vin chaud, un, qui court pour le 4
Le verre de vin arriva en effet en courant et essoufflé se posa sur la table ronde qui n’attendait que lui. La jeune femme le porta à ses lèvres tremblantes et souffla doucement sur le liquide brûlant.
Une larme roulait sur le coin de sa joue. En tombant sur la nappe blanche, elle dessina un petit continent salé qui s’étendait circulairement autour du centre de sa chute.

Le petit chaperon vert est distrait

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Il était une fois un petit chaperon vert qui se promenait dans le bois, l’épée de Damoclès au-dessus du crâne.
Quand il rencontra le grand méchant loup, l’épée s’était dangereusement approchée de sa tête.
– Beau chaperon vert, où vas-tu ainsi, si seule, dans le bois? Tu as toute la vie devant toi et moi j’ai si faim…
Le chaperon vert s’appliqua à ne pas faire de mouvement brusque et l’effort qu’il fit pour ne pas être mortellement blessé par l’épée lui donna un air distrait. Il se tourna lentement vers le loup.
– Pour l’instant, je tente juste de ne pas aller sous terre, je vous remercie
– Sous terre! Mais qui y pense? demanda le grand méchant loup en se caressant le ventre.

le petit chaperon vert ne voit rien

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Il était une fois un petit chaperon vert qui allait chez sa grand-mère à travers bois et qui rencontra le grand méchant loup.
– Vous ressemblez à mon grand-père, lui avoua-t- elle ingénument.
– Et vous à votre grand-mère, répondit-il alléché.
– Bien. Il est temps de nous quitter, je vais rendre visite à ma grand-mère qui est malade et je ne voudrais pas la faire attendre, expliqua le petit chaperon vert auquel on n’avait rien demandé.
– Je sais bien que vous allez chez votre grand-mère, j’ai déjà lu une histoire semblable mais je crains que vous n’ayiez des ennuis, insinua le grand méchant loup qui commençait à avoir faim.
– J’avais des ennuis quand je portais mon petit chaperon rouge, monsieur, et je crains, moi, que vous ne vous surestimiez, je connais vos ruses à mémoire et je dois dire que vous ne m’impressionnez plus. À présent, permettez-moi de vous saluer, j’ai changé d’avis et vais rendre visite à Peau d’Âne qui se morfond dans une cabane.
– Je crains que votre amie ne puisse plus vous recevoir, mon petit
– Quoi! Vous ne l’auriez pas…
– … mangée? Allons donc, pour qui me prenez-vous? Je ne réécris pas les contes, moi. Non, non, elle a dû quitter précipitamment le bois, voyez-vous
– Je ne vois rien du tout, lança le petit chaperon vert qui n’aimait ni la familiarité du loup ni ses sous-entendus.

constellation domestique

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La conséquente question incombait dans le salon. Elle avait envahi la pièce et s’était insinuée entre les plis des rideaux de crêpe bariolés. La nuit était tombée en cataracte sur tout le territoire circonstant.
Les lampadaires s’étaient allumés. Les derniers passants s’étaient réfugiés où ils avaient pu. La grande nuit régnait et des milliards d’étoiles n’étaient que poussières accrochées à la voûte céleste qui semblait s’être parée pour se refléter dans les bassins dans les lacs, les océans, les rivières etc.
Un écureuil sauta d’une branche à l’autre. Il s’arrêta et figé semblait peser le pour et le contre. Il disparut dans le feuillage d’un platane majestueux qui bruissait dans l’obscurité. Le silence soulevait quelques feuilles mortes. Une fourmi évita de justesse la patte nonchalante d’un chat tigré dont l’oeil observait minutieusement les ombres qu’il voyait. La pupille allumée cherchait quelque chose.
Le vent souleva la poussière et fit virevolter un sac en plastique indécis. Le chat se mit à courir et la fourmi qui portait un poids trois fois plus important qu’elle, prit son souffle et se remit en marche.

les aventures du petit chaperon vert

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Il était une fois un petit chaperon vert qui ne voulait pas aller chez sa grand-mère.
– Ça n’est pas possible, c’est toujours la même histoire, il faut aller voir sa grand-mère et à travers bois par dessus le marché comme si ça ne suffisait pas et pour au bout du compte manquer, à travers bien des péripéties douteuse de se faire dévorer! Moi, je n’y suis plus et je vais danser, comme tous les jeunes gens de mon âge, ma grand-mère attendra!
Elle s’engagea à travers bois et sous les cimes molles laissa divaguer sa juvénile distraction.
– Ah le sentiment incomparable de la liberté! La joie de parcourir des sentiers inconnus!

Près d’un cèdre sombre, un jeune homme la surprit, de grands yeux noirs et le front pâle, ses lèvres délicieuses s’enquirent :
– Beau chaperon, où allez-vous si seule et par un soir si clair avec ce joli capuchon vert?
– Je vais chez ma grand-mère! lança le petit chaperon vert qui avait tout à coup changé d’avis.