chemins qui ne mènent nulle part

C’était à peine croyable. C’est à dire que je peinais à le croire, bien que je l’éprouvasse (eh oui, bien que je l’éprouvasse) si intensément, ou mieux : si clairement, malgré que cela me fût tout à fait obscur.

Un secret palpitait là, vivant, aux entrailles fraîches et je ne pouvais manquer de le sentir. À quoi avais-je été préparée? Je l’ignorais. À cela? Je n’en savais rien. Il ne me semblait pas mais j’étais à mon aise. En terrain connu. J’aurais pu être déroutée, je ne l’étais pas, je suivais comme je le pouvais et surtout parce que je le voulais.

Sois spontanée, pensais-je, sois simple, et je tâchais de l’être, pour ne rien compliquer.

 

 

 

empire

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Alors? Comment, combien fiers de vous vous êtes? Heureux, ce soir? Et le jour couché sur votre paupière, contents? Chacun avec ses petites habitudes? Bien à leur place? Si peu près nous sommes à les écarter avec douceur, d’un grand geste du bras droit, loin, loin de nous. Oh non, non, si peu prêts nous sommes, si accrochés à celles-ci qui nous accrochent à l’idée que nous nous sommes fait de notre vie comme à un cadre. Nous avons un empire sur la paume et dans le coeur. Entier, vierge, mieux que ça. Quelle étrange histoire que celle-ci, je vous l’accorde. Un grand éclat de rire balaye ce paragraphe auquel mes yeux s’accrochent si, exactement, s’accrochent. Merveille que cet instant confus, tendu au-dessus de rien. Être en vie. Réussirons-nous à incarner ce que nous sommes?

bouche que veux-tu?

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Il marchait depuis peu. C’était simple, il n’avait fait que quelques pas. La rue ouverte, criante vers le ciel si près, à toucher du bout des doigts, immense, adorable, jamais vu. Accroché à un téléphone portable comme par un fil à la vie béante, il tournait un peu en rond. Il la vit. Elle se mit en devoir d’épousseter son manteau de laine et insista plus qu’il n’était nécessaire, si cela ne l’avait jamais été, et cela ne l’avait jamais été, en effet. Sans y résister, on ne saute pas toujours à pieds joints dans le bonheur.

la première pierre

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Cher René,
comme tu l’auras sans doute imaginé, j’ai préféré hâter mon départ et de la sorte, éviter de rencontrer L. Non que l’envie
m’ait manqué de revoir cet être si étrange, si intérieur, ni même le courage.
C’est autre chose. Il m’est pour l’heure difficile de t’en dire plus. J’ai rêvé plus éveillé que jamais. Il n’existe pas qu’un seul monde.
Je te serre contre moi,
André

Cher René,
j’ai su qu’André était parti ce matin. Il ne m’aura pas devancée, je t’écris de Dieppe. Aussi loin que mon coeur cherche, il ne trouve que vent, vent et vent. André est la première pierre que je rencontre.
Laure

ps : écris-moi poste restante à la T d’Or
Ce matin dans le train j’ai surpris par dessus l’épaule de mon voisin une phrase qu’il avait surlignée « La bouche qui profère le mensonge donne la mort à l’âme »

comprendre? quoi?

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Pourquoi m’étais-je arrêté? Était-ce ce visage étrange? Ces deux yeux mobiles? Cet être curieux et nouveau, familier et inconnu? Pourquoi m’étais-je arrêté? Debout, j’attendais. Je ne bougeais presque pas. Elle se rétracta, fit demi tour et me fit face. Elle souriait. Tout son visage souriait. Je pris de plein fouet ce sourire franc sur mon visage à moi et je sentis dans mon torse quelque chose se serrer et s’épanouir. Quelque chose qui palpitait, comme une couronne de pétales qui se serait ouverte, radieuse. Je ne bougeais toujours pas. Je l’attirais à moi.
Elle crut venir de son plein gré. Je l’appelais. Nous naviguions sur une mer mouvementée et limpide. La caresse de la nuit était totale, l’éveil abrupt, simple.
Comprendre? Quoi?