arsenic

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J’étais silencieuse depuis un moment, accoudée à la balustrade et je regardais l’horizon sans rien fixer en particulier.
– Tu pourrais raconter l’histoire d’Arsenic
– L’histoire d’Arsenic?
– Oui l’histoire d’Arsenic, dans les escaliers
– Ah oui, tu crois?
– Sûr! Ce soir tu y pensais sans savoir pourquoi…
Nous étions enfants et la cage d’escalier était notre domaine, notre pays des Sept Horloges. Nous étions dans le hall du royaume.
Un enfant défia Arsenic.
– T’es pas cap’ de te pendre à la rampe dans le vide au dernier étage!
– Bien sûr que si, et Arsenic se tourna vers moi. Nous étions absolument complices. Nous nous mîmes en devoir de grimper les marches sans rien dire, les enfants nous suivaient d’un regard incrédule mêlé d’anxiété. Je me taisais. Je me demandais ce qu’Arsenic avait en tête. Tout à coup, elle se retourna vers moi moi et me confia en souriant Je vais pas me pendre dans le vide je leur fais juste croire que je vais le faire mais en attendant ils y croient!
– Pourquoi pas, pensai-je, et par dessus la rampe j’observais les visages silencieux des enfants qui ne quittaient pas des yeux notre lente ascension. Celui du petit garçon qui avait défié Arsenic était un peu plus pâle que les autres.
Nous étions enfin au dernier étage, en nous penchant par dessus la rampe qui tenait dans nos mains serrées, nous nous délections des petits visages de nos amis qui étaient levés vers nous. Un silence majestueux régnait sur le domaine des Sept Horloges.
– On les a bien eu! lançai-je à Arsenic et j’eus à peine le temps de voir son corps gracile escalader la rampe et passer du côté du vide. Elle se tenait là immobile et ajouta Je vais pas me pendre dans le vide je leur fait juste croire que je vais le faire!
– Oui oui, pensai-je, et en attendant ils y croir… le corps d’Arsenic pendait déjà dans le vide de la cage d’escalier.
Mes yeux s’étaient aggripés à ses deux petites mains qui serraient la rampe.
Nous étions à nouveau dans le hall et un silence glorieux flottait autour d’Arsenic qui regardait ailleurs.

la foudre ne tombe que sur les sommets

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Il y a anguille sous roche, pensais-je calmement en regardant ma montre. Je ne m’attendais pas à ce qu’il arrive à l’improviste bien sûr, d’ailleurs je ne l’avais pas invité, mais après tout, il ne m’avait pas habituée à disparition aussi abrupte.
– Je ne vois pas du tout d’anguilles!
– Ah Pinocchio! Te voilà! Mais où étais-tu donc passé?
– Oh rien… de ci de là…
– Eh bien vois-tu, aujourd’hui, je ne t’attendais pas du tout.
Et je m’affairai tout à coup à classer des papiers comme si je n’avais rien eu de mieux à faire sur le globe en cet instant précis.
– Oh oui… je ne pensais pas venir… et puis je suis venu… comme ça…
– Comment comme ça? demandai-je immédiatement.
– Oh comme ça… rien… juste comme ça…
– Mais qu’est-ce que ça veut dire comme ça? Je ne sais pas moi… je suis là à compter les anguilles sous roche et tu apparais… je ne sais pas moi… une raison tu pourrais au moins l’avoir!
– Oh oui… je pourrais…
– Eh bien?
– Mais je ne l’ai pas.
– Très intéressant, merci de la visite, dis-je en  guise de conclusion à une conversation qui n’avait que trop duré et qui commençait d’ailleurs à me faire tourner la tête.
Je me demandais pourquoi j’avais invoqué son retour et n’y comprenais décidément rien. Voire moins qu’avant qu’il ne fasse cette nouvelle entrée désastreuse en termes de clarté.
– Et puis ce soir, on jeûne, marmonnai-je pour toucher son talon d’Achille, tu as fait fuir toutes les anguilles, ajoutai-je en regardant l’eau trouble et la roche immobile.

la pêche aux moules

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Qui va à la pêche perd sa place qui va à la chasse perd la mèche.
– N’importe quoi!
– Je ne te contredirai pas Pinocchio, je suis un peu fatiguée ce soir…
– Tu es allée à la pêche aujourd’hui?
– Oui, on peut dire ça comme ça.
– Qu’est-ce que ça veut dire on peut dire ça comme ça?
– Ça veut dire ce que ça veut dire, Pinocchio.
– Et comment on peut le dire autrement, si on peut le dire comme ça, autrement, comment on peut le dire?
– Tu dois forcément poser des questions ou on peut regarder les étoiles en silence?
– Je dois forcément poser des questions.
Je regardai les étoiles en silence, la nuit en était tout éclaboussée, elles riaient de se voir si belles en ce miroir.
– Pourquoi est-ce que tu mélanges toujours les histoires?
– Pourquoi est-ce que tu mélanges toujours les histoires?
Pinocchio haussa les épaules et me tourna le dos. Il n’avait pas son pareil pour troubler les eaux et tirer son filet du jeu.

le combat avec l’ange

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Je me hâtais sur le chemin du retour, je regardais mes pieds, leur petite danse impeccable sur l’asphalte mouillé. Je croisai une ombre qui me demanda du feu. Je m’arrêtai et cherchai mon briquet dans la poche de mon manteau. Mes pieds étaient immobiles, parfaits, dociles. Ma main trouva l’objet immédiatement et il brilla dans l’obscurité quand la petite flamme se mit à danser au bout de mon poingt tendu.
– J’ai faim!
– Pinocchio non… vraiment, ça suffit!
La petite flamme se mit à trembler au bout de mon poingt tendu.
– Tu l’as déjà dit!
L’ombre s’approcha doucement.
– Pas avant de dormir les histoires de peur!
– Pinocchio laisse-moi tranquille!
Le halo de la flamme dansa sur un visage immobile.
– Ah ah elle est bien bonne celle-là! le halo de la flamme dansa sur un visage immobile! je ris, je ris!’
Ce fut plus fort que moi. Je décochai un coup de pied au pantin qui finit sur le carrelage, non sans avoir heurté le coin d’un fauteuil qui n’avait rien demandé.
Le halo de la flamme dansa sur un visage…
Mon pouce relâcha sa prise et l’obscurité m’empêcha de voir le visage de cette ombre qui disparut dans la foule qui hantait les trottoirs.
Non mais.
– Tu m’as fait mal…
– Tu l’as cherché
– Non… je l’ai trouvé! Tu ne peux pas en dire autant!

big bang

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La terre est une éllipsoïde de rotation, ne vous déplaise, en dansant la javanaise nous nous aimions le temps d’une chanson, c’est à dire, une sphère un peu aplatie aux deux extrémités de son axe. Il y a des planètes sphériques, ou parce qu’elle sont très jeunes, ou parce qu’elles ont une rotation très lente. La terre, c’est une vieille planète.
– Tu ne m’as pas dessiné de mouton
(…)
– Ni même d’abstraction
(…)
– Demain, demain, promis, je te dessinerai tout ce que tu veux, mais là, tu vois, je suis très occupée, je ne peux vraiment pas…
Pinocchio saisit un paquet de coquillettes de confection on ne peut plus terrienne et le jette à terre où il explose littéralement.
Son petit visage est à nouveau devenu rouge de colère. Je tente de le calmer comme je le peux, c’est à dire que je ne peux pas du tout.
– Et ça c’est le big bang peut-être? crie-t-il
Je dois reconnaitre qu’il a toujours le dernier mot.

le curieux banquet

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Je serai brève. Les évènements qui se sont ensuivis depuis hier nuit m’étonnent, et je dois dire toutefois, que ce qui m’étonne le plus est de n’en être pas  vraiment surprise. Je me suis absentée de la tablée fantastique qui me tient en haleine depuis quelques heures déjà. Nous avons passé le dessert et je passe aussi la succession curieuse de plats dignes d’un banquet de Riquet à la Houpe. Pinocchio me tient à l’oeil. Il a bien sùr convié le petit Chaperon vert. Il est cependant très agité du fait de ses cinq pièces d’or enterrées au pied d’une tour de substitution. Je me dois d’y retourner à l’instant si je ne veux pas soulever sa grave petite colère d’enfant. Il est déjà bien difficile de soutenir ce rythme étrange. Aucune complication ne serait la bienvenue. Chacun le comprendra bien.

Un peu plus tard dans la nuit… j’écris à la lumière d’une faible flamme, il s’est assoupi, toujours agité il a insisté avant de fermer les yeux pour que je lui dessine ‘une abstraction’. Ça ne recommence plus puisque ça continue. Il s’agit de tenir bon.