la grande invasion

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Je me demande à nouveau ce que je vais bien pouvoir écrire, une cigarette dans la main droite, les fenêtres ouvertes et je reste un instant suspendue au passage d’un train qui décrit une ligne droite du sud vers le nord et se perd dans le silence relatif de la nuit, à peine dominée par les acclamations d’un stade en ébulition, qui vont et viennent comme une vague sur la rive que je suis, quand Pinocchio fait son entrée, cinq pièces d’or dans sa petite main de bois et dit :
– M’accompagnerais-tu? Il parait que je dois les enterrer au pied de la Tour Eiffel
Et voilà que ça recommence, pensé-je entre moi et moi
– Dis, tu me dessines un mouton?
J’ouvre grands les yeux
– Et pas un éléphant dans un chapeau s’il vous plaît
Oui décidément, ça recommence
– Et pourquoi pas une paire de patins à roulettes tant que tu y es?
J’essaie de lui expliquer que je m’occupe de choses sérieuses, que je n’ai pas le temps de l’accompagner au pied de la Tour Eiffel, ni même de lui dessiner un chapeau, quant à un mouton je n’en parle même pas
Mais Pinocchio devient rouge de colère
– Vous êtes tous les mêmes, tonne-t-il, vous ne savez pas dessiner de chapeaux qui ne soient pas des moutons, et vous vous en tirez en disant que vous avez des choses plus sérieuses à faire!
Oui, ça recommence vraiment
Je suis quand même un peu secouée
– Et le chaperon vert, tu l’as perdu en chemin? lui demandé-je doucement pour l’amadouer
– Oh le chaperon vert! Tu penses bien que j’ai passé l’âge!
– Oui, en effet, m’entends-je lui rétorquer comme si ça allait de soi et que je n’avais pour mon compte, pas passé l’âge
– Et puis… il y a autre chose…
– Quoi donc?
Je suis très curieuse tout à coup
– Je crois que tu as besoin de moi
– Moi! je m’étouffe à moitié et je le dévisage, tu ne crois pas que j’ai passé l’âge moi aussi?
Non mais, je ne vais pas y passer la soirée non plus
– Oh non, tu n’as pas passé l’âge, au contraire
– Au contraire! Qu’est-ce que ça veut dire au contraire?
– Ça veut dire ce que ça veut dire, quelle question!
– Bon eh bien, puisque c’est comme ça, je n’écrirais plus ce soir, tu as gagné, allons-y, allons enterrer tes pièces, mais je t’avertis, demain je n’y suis plus, ni pour toi, ni pour la Belle au Bois Dormant, ni pour le Chaperon vert, ni pour personne! Une invasion oui, voilà ce que c’est, non mais c’est à peine croyable…
Je fais semblant d’être très en colère pour donner le change
Pinocchio me fait un clin d’oeil, il semble très satisfait
– Allez va, me sourit-il, de toutes façons, tu ne savais pas du tout quoi écrire

le petit chaperon vert

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À force de me demander ce que je vais bien pouvoir écrire, il me vient à l’esprit que c’est quand même drôle de ne pas savoir quoi écrire après une longue vie (tout est relatif) sur la planète. Je devrais mourir d’envie de raconter les extraordinaires aventures du petit chaperon vert, je ne sais pas moi, Cendrillon au pays des merveilles ou Ali Baba et les 40 menteurs, ce ne sont pas les histoires qui manquent quand même.
Mais non, je n’ai pas envie de raconter que le petit chaperon vert avait trois vilaines soeurs qui se promenaient derrière un miroir dans un bois au détour duquel l’attendait un vilain méchant loup qui lui tendait une petite lampe magique à frotter.
« Oh merci », sussura le petit chaperon vert en frottant la petit lampe magique, « je voudrais que les 40 menteurs se transforment en citrouilles » et il rougit, « après quoi je serais bien curieuse de voir s’ils auront encore envie de tricoter des écharpes ».
Petit chaperon vert, tu t’es perdu dans le dédale de ta mémoire! Fais un petit tour dans le ventre de la baleine, Pinocchio se fera une joie de te montrer le chemin, une bougie dans la main droite.

au sujet de l’objet

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Non je ne sais pas, je ne vois pas, même en cherchant bien. Sur mes étagères, j’ai beau chercher, je ne trouve plus rien. Cherchè-je un vase? Je ne l’y trouve point, une assiette, non plus, un balais, une boîte etc. est-ce bien utile de vous dire que non? Si je cherche un homme politique, je ne l’y vois pas non plus. Vous ne me croyez pas? Cherchè-je un exemple, je n’en trouve pas. C’est là que le bât blesse. Qu’un bas blesse en surprendra plus d’un et je ne parle pas des ânes, qui sont légion, à mon instar.